Déménagement


 Cahiers  Une brique dans le ventre
Le 1er novembre 2008 |


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Pour en avoir connu quelques-uns, dans ma vie de quadragénaire avancé, je savais qu’un déménagement n’est jamais une partie de plaisir. Mais celui que je viens de me farcir a battu tous les records.

Il s’agissait du déménagement de ma tante Loulou, 78 ans, mais toujours bon pied bon oeil. Déjà, déménager quand on approche des 80 piges et qu’on a vécu 48 ans au même endroit, c’est pas banal. Mais bon, on peut avoir la bougeotte à tout âge.

Par contre, quand je me suis engagé dans cette galère, je n’étais pas conscient qu’en un demi-siècle, la tante Loulou en question et feu mon “mononc” René avaient accumulé l’équivalent de deux brocantes de Temploux. Et j’exagère à peine.

Bien sûr, elle a fait appel à un déménageur pour le mobilier et pour les caisses, mais pour le reste...

"Y’a beaucoup à donner ou à jeter" nous avait-elle rassuré.

J’avais fait reluire ma remorque et prévenu les gars du parc à conteneurs qu’ils n’allaient plus voir que moi pendant un petit temps. Déjà qu’ils m’appellent tous par mon prénom. Le "nettoyeur "s’apprêtait à entrer en action.

C’était sans compter sur le côté conservateur de ma tante Loulou. D’abord, pas question d’embarquer quoi que ce soit sans son aval. Je ne vous dis pas le nombre d’objets que j’aurais envoyé à la déchetterie et qu’elle a voulu garder. "Ca peut toujours servir. C’est malheureux de jeter ça. C’était un cadeau de ton arrière grand-mère, ton oncle René y tenait beaucoup. On n’en fabrique plus des pareils, plus tard ça aura de la valeur ...

J’ai très vite réalisé que les objets que je chargerais dans ma remorque, loin d’aller aux Petits Riens ou au parc à conteneurs, seraient à décharger deux kilomètres plus loin dans le nouvel appartement.

Mais mon malheur n’était pas encore arrivé à son comble. Mon regretté "mononc’" était très soigneux, tendance maniaque qui cire ses pompes tous les jours, ne fait jamais une tache sur sa cravate, peut rester assis une journée en costard sans un pli dans son veston ou sa chemise blanche.

Le hic, c’est que ça vous fait des fringues de 40 ans intactes. Et quand vous avez une tante Loulou conservatrice, soutenue dans sa cause par sa soeurette, ma mère… « Les vêtements du mononc, ça fait mal de les donner aux Petits Riens. Trèès mal. Trèès trèès mal. » A un moment vous voyez deux paires d’yeux converger vers vous. "Regarde le pull, il n’a pas bougé. Tu ne le veux pas ?" Et ces chaussures, elles n’ont rien, tu chausses du combien toi ?". Ouf, le René faisait du 39 et je dépasse les 40. Cet argument, pourtant inattaquable, ne semble les avoir convaincues qu’à moitié. Pourtant, je dois dire qu’il a reçu un meilleur accueil que mes considérations sur la mode vestimentaire qui a un peu changé depuis 1960.

Je sortirai de ce combat déséquilibré avec un vieil uniforme de militaire dont je vais faire don à ma troupe de théâtre wallon.

Ma tante Loulou est à présent installée dans son nouveau logement mais elle se retrouve avec un tas de "brols" qu’elle n’a pas la place pour caser.

Le "nettoyeur" n’a peut-être pas dit son dernier mot…

Roger


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