Hessel , le digne père des Indignés

Thierry Verhoeven

 Cahiers  2013 dans le rétro
Le 3 mars 2013 |  Lydia Magnoni |  2 messages

Stéphane Hessel est mort à 95 ans. Il a traversé tout le 20e siècle. Et ce n’est qu’en 2011, à 93 ans, qu’il devient célèbre dans le monde entier avec un petit livre : Indignez-vous !
Tout d’un coup, il devient ainsi le père d’un mouvement international : les Indignés. En Espagne, en Grèce en France, aux Etats-Unis, en Tunisie, au Japon, en Australie, au Québec… Des millions de personnes s’indignent et manifestent contre l’injustice et les inégalités. Le livre Indignez-vous est vendu à 4 millions d’exemplaires et traduit en 35 langues. Comme l’a écrit un historien sur le succès de ce petit livre : « c’est un objet dont se saisit le présent ». {{}}


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Une infographie sur les étapes de la vie de Stéphane Hessel

Et plusieurs liens vers des textes, des vidéos pour aller plus loin

« Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l’égard des immigrés, pas cette société où l’on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis  , toutes choses que nous aurions refusé si nous avions été les véritables héritiers du Conseil national de la Résistance  . » Le début d’Indignez-vous de Stéphane Hessel donne le ton de ce petit livre de 20 pages.

« Il nous appartient de veiller tous ensemble »

Oui, c’est à nous que s’adresse Stéphane Hessel. Nous, les citoyens. Dans tout le livre, Hessel défend le « nous ». Il défend l’intérêt général, pas l’intérêt particulier. Il défend la paix et la justice entre les hommes et entre les peuples. Il nous demande de défendre tout cela avec lui. Il nous lance : indignez-vous ! Mettez-vous en colère contre ce qui est injuste. Une sorte de colère calme, une colère prudente. Pas de révolte brutale, pas de violence. Une colère qui nous nous pousse à nous engager, à résister. Et Stéphane Hessel sait ce que c’est la résistance.

Les résistants

Au moment de la guerre 1940-1945, Stéphane Hessel a 23 ans. Hessel est d’origine allemande mais il vit en France. Il a pris la nationalité française. Il résiste dès le début à l’occupant allemand, nazi. Il est arrêté et envoyé en camp de concentration. Il échappe à la pendaison et réussit à s’évader. Pour lui, on résiste parce que l’on est indigné. Aujourd’hui, on ne vit plus le drame de la guerre, de la barbarie nazie mais pour Hessel, il faut encore s’indigner.

Il écrit :

« Le pouvoir de l’argent n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat. Les banques désormais privatisées veulent d’abord des dividendes et leurs dirigeants ont de très hauts salaires. Elles n’ont rien à faire de l’intérêt général. L’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’a jamais été aussi important. La course à l’argent, à la compétition, n’a jamais été autant encouragée. »

Contre les injustices et les inégalités, Hessel appelle les jeunes générations à prendre le relais des vieux résistants de 40-45 qui ont refusé l’occupation allemande et la défaite. Mais ici encore, Hessel est pour que l’on s’engage sans violence, que l’on s’engage pour la paix, la démocratie, la liberté, les droits de l’Homme et le droit des peuples.

Nous, peuples…

Hessel a toujours été attaché aux droits des peuples et aux droits de l’homme. Juste après la guerre, il est diplomate à l’Organisation des Nations Unies (ONU  ) pour la France. Il participe à la création du texte fondateur de l’ONU : la Charte des Nations Unies. Cette Charte commence par :

NOUS, PEUPLES DES NATIONS UNIES, RÉSOLUS
à préserver les générations futures de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a fait à l’humanité de terribles souffrances,
à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité   et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,
à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,
à favoriser le progrès social et créer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande, (…)

Hessel est très attaché à ce texte. C’est au nom de ce texte qu’il se bat, toute sa vie, pour le droit des peuples. Il est pour la paix entre Israël et la Palestine et défend les droits des Palestiniens, il défend aussi le peuple du Tibet, ...

Citoyen sans frontières

Un autre texte a guidé l’action de Stéphane Hessel : la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’article premier de la Déclaration est :
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

C’est au nom des droits de l’Homme que Stéphane Hessel a défendu les sans-papiers et les immigrés. D’origine allemande mais devenu Français, il se considérait toujours, à 95 ans, comme un migrant et comme un citoyen sans frontières.
Pour ce citoyen sans frontières, l’engagement pour la paix et les libertés était nécessaire comme lui était nécessaire, l’engagement pour la poésie. En 2006, il publie O ma mémoire : la poésie, ma nécessité. Il connaissait par cœur une centaine de poèmes. C’est, par ses engagements, qu’il a sans doute toujours gardé l’espérance. A la fin de sa vie, il a transmis cette espérance en devenant le digne père des Indignés.

A lire de Stéphane Hessel

Indignez-vous, Edition Indigène, 3,10 euros

Engagez-vous, Edition de l’Aube, 6,8 euros

O ma mémoire : la poésie, ma nécessité, Edition de Poche, 7,10 euros

A nous de jouer, son dernier livre à paraître

A lire ou à voir

La vie étonnante de Stéphane Hessel

Un texte d’hommage dans le journal Libération

La Déclaration des Nations unies

La Déclaration des Droits de l’homme

Sur le mouvement des Indignés

Et une autre vidéo sur le mouvement des Indignés


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Vos commentaires

  • Philippe

    Le 6 mars 2013 à 22:37

    A méditer : ça aide à s’indigner : plus jamais se laisser imposer ça

    Ils étaient usés à quinze ans

    Ils finissaient en débutant

    Les douze mois s´appelaient décembre

    Quelle vie ont eu nos grand-parents

    Entre l´absinthe et les grand-messes

    Ils étaient vieux avant que d´être

    Quinze heures par jour le corps en laisse

    Laissent au visage un teint de cendres

    Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître

    Répondre à ce message

  • Guismette

    Le 3 mars 2013 à 14:02

    Grand bonhomme... Triste de voir partir des hommes de cette trempe. La camarde n’a décidément pas bon goût.

    Répondre à ce message

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