Dénoncer les violences faites aux filles


Le 25 novembre 2019 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Céline Teret

Novembre est le mois de la lutte mondiale contre les violences à l’égard des femmes. Dans son livre, "La malédiction d’être fille", la journaliste et écrivaine Dominique Sigaud parle des violences faites aux filles, partout dans le monde. Ce livre est un cri de détresse pour dénoncer et mieux combattre ces nombreuses violences.


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Dès les premières pages de son livre « La malédiction d’être fille », Dominique Sigaud écrit :
« Les filles sont de tous les êtres humains les plus vulnérables, les plus attaqués, menacés, mis en danger. »

Dominique Sigaud est une journaliste et écrivaine française. Elle a mené une enquête sur les violences faites aux filles dans le monde. Les constats, les chiffres sont terrifiants. Une fille sur 5 dans le monde subit des violences sexuelles avant ses 18 ans, en Occident Occident L’Europe, l’Amérique du Nord, et l’ensemble des pays développés de ces régions du monde. comme ailleurs. Et une fille sur 10 dans le monde subit un viol ou d’autres actes sexuels forcés.

France, Inde, Royaume-Uni, Egypte, Etats-Unis, Soudan… Dans tous les pays, il y a des violences faites aux filles et aux femmes. Aucun pays n’est épargné par ces violences. Elles ont lieu partout dans le monde, dans tous les milieux.
Dominique Sigaud, l’auteure du livre écrit :
« Tous les continents sont touchés, toutes les civilisations, cultures, religions, classes sociales. D’autant plus terribles qu’ils s’accompagnent de discours les justifiant ».

Différentes violences

Dominique Sigaud veut nommer les violences. Elle les énumère dans son livre et les explique. Foeticide, filliacide, inceste, viol, mutilations sexuelles, prostitution, esclavage... Toutes ces violences sont faites sur des filles, des mineures d’âge. Et là encore, les chiffres font bondir.
Dans certaines régions du monde, avoir une fille ne représente aucun avantage. C’est même une charge. On préfère avoir un garçon. Alors, on se débarrasse des filles. Avant leur naissance, c’est un fœticide. Ou après leur naissance, c’est un filliacide. Environ 1,5 million de fœtus féminins sont éliminés chaque année à cause de leur genre, selon le Centre asiatique pour les droits humains. Chaque année, 1 million de bébés filles meurent de malnutrition et de mauvais traitement. Ces bébés auraient survécu s’ils avaient été des garçons !

Violences sexuelles

Dans son livre, Dominique Sigaud aborde aussi les multiples violences sexuelles faites aux filles :
« Partout, l’inceste est la première atteinte sexuelle menaçant les filles. » L’inceste, c’est le fait qu’un membre de la famille impose des attouchements, à un enfant qui devrait être protégé. »

Et comme l’écrit Dominique Sigaud :
« Il peut s’agir du père, de l’oncle, du frère, du grand-père, ou d’un mari d’une femme de la famille. L’inceste est souvent gardé secret. Très peu de filles portent plainte. Les viols en dehors de la famille sont eux aussi nombreux. Ils ont lieu à l’école ou sur le chemin de l’école, et dans des situations de guerre. »

Les mutilations sont une autre forme de violences sexuelles faites aux filles :
« 200 millions de filles dans le monde subissent des mutilations sexuelles. Elles sont excisées, c’est-à-dire que le clitoris et les lèvres sont coupées. Elles peuvent aussi être infibulées, c’est-à-dire que leur vagin est cousu. 66% des 12 millions de filles et de femmes du Soudan le sont ! »

Dominique Sigaud évoque aussi les mariages forcés. 12% de filles sont mariées avant l’âge de 15 ans. Des mariages qui, la plupart du temps, s’accompagnent de viols.
Il y a aussi la traite des filles, qui prend plusieurs formes : esclavage domestique (pour les tâches ménagères), esclavage sexuel, prostitution… 100 000 enfants sont victimes de traite sexuelle aux Etats-Unis. Les mineures représentent 20% des victimes d’exploitation sexuelle forcée.

Silence imposé

La plupart du temps, ces violences faites aux filles s’accompagnent de l’obligation de se taire. En cas d’inceste, on demande aux filles victimes de garder le silence, pour « préserver l’équilibre de la famille ». Dominique Sigaud écrit :
« J’ai compris la puissance du silence qui leur est imposé. On te mutile le sexe et tu te tais, on te coupe le sexe et la parole. »
Ou encore :
« Ça se compte en centaines de milliers de mortes, de sexes brutalisés, de viols. C’est quotidien. C’est tabou encore le plus souvent. Sous le manteau. Dans le secret. »

Une fille ne vaut rien

Ces violences sont terribles et, pourtant, elles font partie de la société, comme si elles étaient admises, comme si les filles (puis les femmes) ne comptaient pas, ne valaient pas grand-chose. Ces filles finissent par penser « il est normal que cette violence me soit faite ». Et face à elles, des garçons (puis des hommes) pensent, eux aussi, que tout cela est normal, presque accepté, l’auteur écrit :
« Ça fait beaucoup de mal aux filles, à leurs mères, à leurs frères, à nos sociétés, à l’avenir. Ça installe dans les esprits que la fille ne vaut rien, on peut lui faire ce qu’on veut, la marier enfant avec un quinquagénaire, couper son clitoris, en faire une esclave sexuelle, de toute façon elle aura si peu la liberté de se révolter. Les violences faites aux filles sont des désastres individuels et collectifs. »

Savoir manquant

L’ouvrage propose aussi des pistes de solution. Par exemple de créer des refuges, pour que les filles victimes de violences puissent se mettre à l’abri. Dominique Sigaud voudrait aussi mieux former les professionnels de la santé (médecins, infirmières, aides-soignants…), du social et la police, au sujet des violences faites aux filles. Pour que les filles soient mieux aidées, encadrées, protégées.
Dominique Sigaud veut aussi en parler pour dénoncer :
« Ca doit voler en éclats. S’arrêter. Se repenser. Se dire. Se savoir. Se faire connaître. Se dénoncer. Se comprendre. Se soigner. S’arrêter. »
Mais pour en parler, pour que ça se sache, il faut aussi mieux connaitre ces violences, les mesurer, les chiffrer... Il faut récolter les faits, développer les connaissances et partager les savoirs. »

Or, les données et les études manquent au sujet des violences faites aux filles. Dominique Sigaud s’étonne de ce manque de statistiques mondiales et nationales, alors qu’il existe une quantité énorme d’autres statistiques, sur bien d’autres sujets.. Elle écrit :
« Ce n’est pas un hasard. Un savoir manquant n’est jamais un hasard, plutôt un symptôme de ce qu’on ne sait pas voir. De ce qu’on ne sait pas comment voir. De ce qu’on ne veut pas savoir. »

Un combat pour les droits humains

Récemment, la ville de Nancy en Franc a récompensé Dominique Sigaud en lui donnant le 18e prix du « Livre et Droits humains ». La ville a aussi décidé de soutenir les travaux de la journaliste. Elle va créer bientôt, avec elle, un Observatoire des violences faites aux filles. Cela permettra de mieux évaluer, connaître et dénoncer ces violences. Dominique Sigaud parle aussi les responsabilités du politique dans son livre :
« L’Etat a une obligation de protection des citoyens les plus vulnérables. En France, comme partout ailleurs dans le monde, les citoyens les plus vulnérables sont les filles. Elles sont incestées, violées, se prostituent, sont mutilées ou en danger de l’être. »

La malédiction d’être fille, Dominique Sigaud, éd. Albin Michel, 2019

Ecouter l’interview sur le site de la RTBF


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