Vu de Flandre

jeudi 1er novembre 2007

Que pensent les Flamands de la crise qui secoue la Belgique ? Et des Wallons ? Pour le savoir, nous avons interrogé Patrick Donnez.

Vous êtes flamand et journaliste pour la VRT, parlez-nous de la crise, vue de Flandre.
Et bien, globalement, les Flamands modérés ne pensent pas qu’on puisse parler de vraie crise. Les discussions sur BHV et Bruxelles tout court, cela nous laisse un peu indifférents. La situation est plus vécue comme une crise au Sud que chez nous. On va dire qu’on trouve ça plus amusant qu’embêtant. On prend les choses plus légèrement.

Comment expliquez-vous que les néerlandophones soient moins inquiets que les francophones ?
Peut-être parce que le Wallon a plus peur que le Flamand. Il se dit qu’il aurait plus à perdre en cas de séparation. C’est un peu comme dans un divorce. Celui qui part sait pourquoi il le fait et sait ce qui l’attend. Celui qui est quitté a toujours un peu plus peur que celui qui s’en va.

Pensez-vous que les néerlandophones veulent vraiment se séparer ?
Non, je ne crois pas. La majorité des Flamands sont un peu opportunistes. Cela veut dire que quand il y a des champions de cyclisme en Flandre, on est Flamand, quand le roi meurt on est Belge. Si nos hommes politiques trouvent une solution qui convient, les Flamands diront « ok ». C’est ce qu’on appelle « la politique politicienne » qui accentue ce côté flamingant. Vous savez, j’ai été correspondant en Wallonie pendant 4 ans. Donc j’ai eu souvent l’occasion de parler avec des Wallons de ce que pensent les Flamands et inversement.

Justement, quelle est l’image de la Wallonie vue de Flandre ?
Même moi, je pense que le Wallon est un peu moins travailleur que le Flamand. Mais je ne suis pas contre, tout le monde a le droit à la même paresse. On dit des Flamands qu’ils aiment travailler, qu’ils voient partout des opportunités. Pourtant je connais certains de mes amis qui sont les rois des fainéants,... Et je connais des Wallons qui sont très motivés, travailleurs... Vous voyez, tout ça, ce ne sont que des clichés.

Pourquoi une telle crise alors ?
Les Flamands sont de nature très solidaires mais ils se posent deux questions. Est-ce que l’argent transféré au Sud est bien utilisé ? Et surtout, est-ce que c’est vraiment aider la Wallonie que de faire tous ces transferts d’argent vers le Sud ? La plupart des Flamands aimeraient que la Wallonie se prenne un peu plus en main. Est-ce que ça veut dire qu’on doit se séparer ? Je ne crois pas ! Mais la Wallonie doit essayer de redresser son économie et avoir plus de fierté. Parce que je suis certain que la Wallonie a plein de ressources mais elles sont mal exploitées. Voilà le sujet auquel les politiciens devraient réfléchir plutôt que perdre leur temps en disputes inutiles.

2 Messages

  • 14 octobre 2010 10:51, par Jurgen Derweduwen

    Je félicite Mr Donnez pour sa franchise et son analyse. Je suis également Flamand, et je crois qu’il faut prendre un certaine distance avec les déclarations enflammées de certains politiciens du Sud. Il faudrait également effectuer des sondages plus étendus en Belgique en posant les vraies questions. Le Flamand n’a pas vraiment d’aversion pour le Wallon. J’ose même dire que, dans l’ensemble, nous aimons les Wallons et leur joie de vivre. En revanche, je n’adhère PAS DU TOUT à leurs choix politiques, mais je reconnais que c’est un exercice démocratique absolument légitime. La Flandres souhaiterait autant que les Wallons que la Wallonie soit forte et mieux structurée économiquement. Nous serions d’ailleurs les premiers à en bénéficier.... Soyons réalistes...

    Bien à vous

  • 29 janvier 2011 13:16, par Mr M

    Je suis d’accord avec la position de la Flandre concernant la gestion de la Wallonie et de ses choix politiques.
    Beaucoup de Wallons sont témoins de la mauvaise gestion des finances publics.
    Il faut nous ressaisir et je pense que cette crise peut nous aider à devenir plus combatif. Malheureusement, la nature humaine étant ce qu’elle est, je crains qu’il ne faille attendre un point de rupture pour réagir et ce battre contre nos propres défaillances.
    Sachez-le, des wallons sont également les otages de cette inertie politique et de son éventail gouvernemental qui nous propose de choisir entre la peste ou le choléra. La Wallonie est assise confortablement sur ses acquis depuis des années et la voilà au pied du mur face à ses responsabilités. Les socialistes ont fait avancer les combats sociaux mais aujourd’hui elle traite le peuple comme des enfants déjà trop gâtés. Si vous me permettez la métaphore, Papa et maman n’ont plus d’argent mais continue d’utiliser leur carte de crédit made in Flandre…

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

SPIP | Squelettes & Graphisme: Banlieues | Se connecter | Suivre la vie du site RSS 2.0