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Le 9 janvier 2015, le Centre d’action laïque inaugurait une exposition autour des « unes » de Charlie Hebdo. Nous avons rencontré Philippe Luckx, qui organisait cette exposition. Entretien.

Une expo pour débattre

Lydia Magnoni

lundi 23 février 2015

Pourquoi avez-vous choisi d’organiser une exposition autour des « unes » de Charlie Hebdo ?

Le mercredi 7 janvier 2015, au Centre d’Action Laïque de Charleroi, nous étions en train de préparer notre cérémonie des vœux du 9 janvier. Nous réfléchissions à ce que nous pourrions faire pour décorer la salle où aurait lieu cette cérémonie.

Au même moment, à Paris, dans les locaux de Charlie Hebdo, douze personnes se faisaient assassiner. Parmi ces personnes, des caricaturistes qui utilisaient l’humour pour combattre l’absurdité de notre société. La première chose que nous avons eu envie de faire, c’était de rendre hommage hommage geste de respect à ces dessinateurs parce qu’ils ont donné leur vie pour les valeurs qu’ils défendaient.

Nous avons en effet été blessés par ce qui s’était passé. En tant que personnes, mais aussi en tant qu’institution laïque… C’est pour cela que lors de notre cérémonie de vœux, nous avons décidé d’exposer 23 « unes » de Charlie Hebdo. Une pour chacun des morts et des blessés dans les locaux de Charlie Hebdo.

Pourquoi avez-vous été blessés en tant qu’institution laïque ?

D’une part, parce qu’en assassinant les dessinateurs, des extrémistes extrémistes personnes qui ont des positions extrêmes, très dures, sans tolérance violents ont condamné la liberté d’expression. D’autre part, parce suite à cet acte barbare, il y a eu des réactions qui mettent à mal la laïcité que nous défendons. C’est-à-dire la laïcité comme une condition nécessaire au « vivre-ensemble ».
Nous avions d’ailleurs déjà exposé des caricatures de Charlie Hebdo en 2012 lors d’un événement pour réfléchir aux médias. Par la suite, nous avons exposé plusieurs fois certaines « unes » polémiques de ce journal satirique satirique On est satirique quand on exagère les faits en s’en moquant pour faire comprendre ces faits. .
En organisant cette exposition dans ces circonstances, nous voulions d’abord rendre hommage aux victimes. Mais nous voulions aussi crier haut et fort que nous défendions la liberté d’expression. Lors de nos vœux, nous présentions notre plan d’action pour l’année 2015. Et le sujet de cette année qui commence de manière sanglante et douloureuse, c’est celui de la liberté.

Etait-ce bien prudent d’exposer des dessins de Charlie Hebdo ?

Je ne sais pas si c’était prudent, mais c’était nécessaire.
Lors de notre soirée de vœux, la police a installé des barrages routiers près de notre bâtiment pour assurer la sécurité et rassurer les personnes présentes. Même si cela a souvent fait plus peur que rassuré. Les médias ont commencé à parler de cette exposition. Déjà à ce moment-là, certains se demandaient s’il était vraiment prudent d’organiser ce genre genre le masculin et le féminin d’exposition. Je ne sais pas. En tout cas c’était bien nécessaire.

En effet, des dizaines d’écoles de la région nous ont demandé de l’aide. Les enseignants avaient bien du mal à gérer seuls les débats autour de ces attentats dans leurs classes. Ces discussions étaient importantes mais une aide extérieure était bienvenue pour canaliser les réactions.
Nous avons donc étoffé notre exposition pour que les journaux exposés puissent servir de base de réflexion à un débat animé par un membre de notre personnel.

Jamais nous n’avons vu autant d’élèves franchir la porte de notre bâtiment. Nous avions du mal à répondre à toutes les demandes. Chaque jour, nous avons encadré entre vingt et cent élèves. Tous venaient avec la même envie : débattre. Suite aux attentats, les discours étaient chargés en émotion. Il fallait proposer un espace de réflexion où la raison pourrait prendre le pas sur toutes ces émotions. Cette action ne sort pas de ce que nous faisons tous les jours depuis des années. Oui, mais voilà, alors que nous avons maintenu notre exposition, le musée Hergé a décidé d’annuler la sienne pour des raisons de sécurité. Alors, nous avons reçu des messages de soutien de partout. On nous en remerciait, on nous encourageait à continuer, on louait notre courage, on nous considérait presque comme des héros… (il rit)

Et après coup, pas de regret d’avoir maintenu l’exposition ?

Cet attentat contre Charlie Hebdo a fait sortir les gens de leur pudeur habituelle. Dans les débats, nous avons parfois entendu des propos que nous ne pouvons pas accepter, qui sont contraires aux valeurs que nous défendons.

Des personnes ont estimé que ces dessinateurs n’avaient eu que ce qu’ils méritaient. D’autres ont eu des propos déplacés à l’égard des musulmans.
Mais quand de telles opinions s’opposent, quand nos droits fondamentaux sont remis en question, quand les citoyens demandent à discuter de ce qu’ils ressentent, il ne faut pas céder à la peur. Cela aurait été aberrant aberrant absurde, contraire à la logique de ne pas maintenir une exposition qui a permis au débat d’exister.

La Laïcité encourage le vivre-ensemble et ce n’est possible que si nous sommes capables de communiquer entre nous. La Laïcité défend la liberté d’expression et nous n’allons pas nous taire quand elle est mise à mal. Nous défendons l’ouverture à l’autre, la tolérance et le respect des libertés individuelles. Cette exposition est devenue un outil qui nous permet de défendre ces droits fondamentaux au travers des débats où chacun est libre de s’exprimer comme il le veut sans craindre le jugement de l’autre.

Sur la photo, de gauche à droite

Adrien Sacchi, chargé de projets et scénographe d’exposition
Philippe Luckx, coordinateur général et responsable de la cellule événement
David Paul, chargé de projets et animateur des débats autour de l’exposition
Stéphanie Gosek, directrice du Centre d’Action Laïque de Charleroi.

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