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Une Arche qui fait bien des remous

lundi 5 novembre 2007

Est-ce le début d’une fin heureuse dans l’affaire de l’Arche de Zoé ? Ce dimanche 4 novembre, le président français Nicolas Sarkozy a fait une visite surprise à N’Djamena, capitale du Tchad. Il en est reparti en emmenant, dans son avion, les quatre hôtesses de l’air espagnoles et les trois journalistes français inculpés au Tchad dans l’affaire de l’Arche de Zoé. Dix autres Européens et quatre Tchadiens sont toujours en prison à N’Djamena.


Photo : Belga

L’affaire de l’Arche de Zoé a éclaté le 25 octobre. Ce jour-là, des membres d’une association humanitaire française, étaient arrêtés à l’aéroport d’Abéché, à l’est du Tchad. Ils avaient essayé d’emmener en France 103 enfants. Selon les responsables de l’association, les enfants étaient des orphelins du Darfour. Le Darfour est une région en guerre du Soudan, pays voisin du Tchad. Ces enfants devaient être accueillis par des familles d’accueil en France et en Belgique.

Qui sont les membres de l’Arche de Zoé ?

L’association « L’Arche de Zoé », qui a organisé l’opération au Tchad est présidée par Eric Breteau. L’association a été créée en 2004 par des amateurs de véhicules tout terrain et des sapeurs-pompiers pour aider des enfants et des familles victimes du tsunami, en Asie. La presse avait à l’époque salué son intervention. L’Arche de Zoé est parrainée par l’ancienne championne de ski Carole Montillet et par Hubert Auriol, vainqueur de trois éditions du Paris-Dakar. L’association avait annoncé, en juin, qu’elle projetait de faire sortir 1000 enfants du Darfour, "pour les sauver d’une mort certaine" et les faire accueillir par des familles françaises. C’est dans ce cadre qu’Eric Breteau et 8 autres bénévoles ont été arrêtées à l’aéroport d’Abéché, au Tchad.

De quoi sont-ils accusés ?

A Abéché, les autorités tchadiennes ont arrêté les responsables français de l’association, mais aussi les journalistes qui les accompagnaient, le pilote belge de l’avion, l’équipage espagnol et quatre Tchadiens qui ont aidé l’Arche de Zoé. Les personnes arrêtées sont accusées d’"enlèvement de mineurs", d’« escroquerie » ou encore de « complicité ».

En effet, les papiers officiels de la mission de l’Arche de Zoé prévoyaient une aide sur place. Pas de faire sortir des enfants du pays. Les enfants du Soudan, comme ceux de la plupart des pays musulmans, ne peuvent pas être adoptés. Les lois de ces pays ne reconnaissent pas l’adoption. Les responsables de l’Arche de Zoé se défendent : ils ne proposaient pas d’adoption. Ils voulaient seulement sauver des enfants. En faisant sortir des orphelins d’une région en guerre pour les faire accueillir par des familles françaises et belges.

Le problème, c’est que, selon les premiers résultats de l’enquête, tous ces enfants ne seraient pas orphelins. Et de plus, ils ne viendraient pas tous du Darfour, mais du Tchad.

Le rôle de la France

Le ton, dans cette affaire est rapidement monté. Ainsi, le 26 octobre, Idriss Deby, le président du Tchad a accusé les responsables de l’opération de l’Arche de Zoé de vouloir "vendre" les enfants "aux ONG pédophiles" ou les "tuer pour enlever leurs organes". Ces accusations ne reposent sur rien. Mais elles montrent que l’affaire a rapidement pris une tournure politique. Elle menaçait les relations entre le Tchad et la France. La France a le projet de déployer une force européenne à la frontière du Tchad et du Darfour au Soudan. Et on craignait que le Président du Tchad s’y oppose.

Au début de l’affaire, le gouvernement français a très vivement critiqué l’opération de l’Arche de Zoé. Rama Yade, secrétaire d’Etat secrétaire d'Etat membre d’un gouvernement moins important qu’un ministre aux Affaires étrangères et aux Droits de l’Homme, était au courant du projet de l’association, mais elle avait tenté, dit-elle, de dissuader ses responsables. Dans ce cas, comment expliquer qu’au Tchad, des soldats français ont aidé les responsables de l’Arche de Zoé ? Le rôle des autorités françaises sur le terrain n’est pas clair. Le Premier ministre, François Fillon, a demandé aux ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Bernard Kouchner et Hervé Morin, de mener ensemble une enquête sur l’affaire.

Si les ministres et le Président français continuent à condamner les responsables de l’Arche de Zoé, leur ton s’est peu à peu adouci. Il faut dire que les partis de l’opposition, les associations de journalistes et les familles, les amis de l’Arche de Zoé se sont mobilisés.

Le gouvernement a alors pris la défense de ceux qui n’avaient pas directement participé à l’opération : l’équipage de l’avion et les journalistes. Nicolas Sarkozy a téléphoné au Président tchadien. Puis, il s’est rendu au Tchad pour le rencontrer. Et les sept personnes ont été libérées au moment même où le président français atterrissait dans la capitale tchadienne. De nombreux magistrats tchadiens ont d’ailleurs dénoncé des "pressions politiques".

Et maintenant ?

Les sept personnes qui ont été libérées sont toujours accusées d’"enlèvement de mineurs", d’"escroquerie" ou de "complicité". De même que les 14 autres personnes toujours en prison à N’Djamena : quatre Tchadiens et dix autres Européens. Si elles sont jugées au Tchad, ces personnes risquent de très lourdes peines. Ce dimanche, à N’Djamena, Nicolas Sarkozy a dit qu’il faisait confiance à la justice tchadienne mais qu’il préférait que les ressortissants français soient jugés en France. Interviendra-t-il pour obtenir leur retour en France ? 

Cette affaire, qui n’est pas terminée, arrive au bon moment pour le Président français. Au mois de novembre, de nombreuses grèves sont prévues en France. Avec son intervention spectaculaire au Tchad, Nicolas Sarkozy attire l’attention sur autre chose que les problèmes intérieurs du pays. Tout bénéfice pour lui.

Nicolas Simon

1 Message

  • 5 novembre 2007 20:04, par Noé

    Cette affaire est complexe. On dirait bien que des enjeux politiques majeurs se cachent derrière.

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