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Fin novembre 2013, le président ukrainien Ianoukovitch annonce qu’il ne signe pas l’accord prévu avec l’Union européenne. Depuis, des milliers d’Ukrainiens manifestent tous les jours contre leur président et demandent sa démission. La police utilise la violence contre les manifestants. Il y a eu des morts, des blessés, … Au-delà de cette grave crise à l’intérieur du pays, les événements montrent que l’Ukraine est un pays déchiré entre l’Europe et la Russie. Une Europe et une Russie qui se font face.

Ukraine : l’Europe face à la Russie

Thierry Verhoeven

jeudi 12 décembre 2013

Un exercice pour ce texte est téléchargeable en bas d’article

Le 21 novembre 2013, le président de l’Ukraine, Ianoukovitch, ne signe pas l’accord prévu avec l’Union européenne. Les Européens sont très surpris. Et beaucoup d’Ukrainiens sont contre la décision de leur président. Depuis fin novembre, des milliers d’Ukrainiens manifestent tous les jours dans la rue. Ils demandent l’accord avec l’Union européenne et ils veulent des changements dans le pays. La police utilise souvent la violence contre les manifestants. Il y a des tués, des blessés, des personnes disparues ! Pourquoi une si grave crise politique et sociale en Ukraine ? Parce que dans le pays, les choses allaient déjà très mal. Et parce que l’Ukraine est déchirée entre ces deux puissants voisins : à l’Ouest, l’Europe et à l’Est, l’immense Russie.

A l’intérieur

Les Ukrainiens reprochent beaucoup de choses aux dirigeants du pays. Surtout le manque de démocratie et la violence du pouvoir. On l’a bien vu pendant les manifestations. Il y a eu des morts, des blessés, des personnes disparues. La police a l’habitude d’être très violente et la justice n’est pas indépendante. La population proteste aussi contre la corruption qu’elle vit tous les jours. Si l’on veut éviter les amendes trop lourdes, il faut donner de l’argent aux policiers. Pour inscrire un enfant dans certaines écoles, il faut donner de l’argent aux directeurs. Pour être mieux soigné, il faut donner de l’argent à certains médecins. Il faut même donner de l’argent pour avoir une place dans… certains cimetières.
La population vit ces injustices mais elle voit souvent passer des voitures de luxe, comme des Porsche Cayenne, dans les rues. Car il y a des Ukrainiens qui s’en sortent bien. Ce sont ceux que le pouvoir laisse faire ou qui font des affaires avec les hommes du pouvoir. Par exemple, la fortune du fils du président Ianoukovitch est de 360 millions d’euros… C’est tout un cercle d’hommes puissants qui influence la politique du pays. Il y a donc de quoi se révolter contre ces inégalités et contre une situation économique désastreuse. L’Ukraine a une dette énorme, le budget de l’Etat est en grave déficit et il n’y a pas de croissance économique. Les dirigeants du pays ont besoin d’une aide économique de l’extérieur. Et c’est ce qui a déclenché la crise.

A l’extérieur

Rien qu’à regarder la carte de l’Ukraine et de ses pays voisins, on comprend déjà une partie du problème. A l’ouest de l’Ukraine, c’est la Pologne, pays d’Europe. A l’est de l’Ukraine, c’est l’immense Russie. A l’ouest, c’est l’Union européenne. A l’est, c’est la Russie de Vladimir Poutine. Le président ukrainien et le gouvernement essaient d’avoir de bonnes relations avec l’Union européenne et la Russie. Et d’en obtenir de l’aide.Pas simple ! Car l’Union européenne aimerait bien que l’Ukraine devienne un pays sous influence européenne. La Russie, elle, aimerait bien développer son influence sur l’Ukraine. L’Union européenne et la Russie font donc des propositions aux dirigeants ukrainiens.
Du côté de l’Union européenne, c’est un accord d’association et de libre échange avec une aide financière de 610 millions d’euros. Si l’accord est signé, on facilite la libre circulation des marchandises et des citoyens. Cela veut dire que les entreprises européennes pourront vendre plus facilement leurs produits en Ukraine. C’est un nouveau marché de 45 millions d’habitants. Cela veut dire aussi que les produits ukrainiens seront vendus plus facilement dans l’Union. Certains pays européens ont d’ailleurs peur que les produits agricoles ukrainiens ne concurrencent trop leur propre agriculture. Pour les citoyens ukrainiens, l’accord doit leur permettre d’avoir beaucoup plus facilement un visa pour entrer dans l’Union européenne. Pour bénéficier de cet accord, l’Ukraine doit aller vers plus de démocratie. Certains dirigeants européens exigent, par exemple, la libération de Mme Timochenko. Mme Timochenko est en prison pour détournement d’argent. C’est une femme d’affaires mais c’est surtout une opposante politique à l’actuel président Ianoukovitch. Comme sa condamnation arrange bien le pouvoir, on soupçonne un procès injuste.

Une offre à revoir ?

L’Union européenne demande donc beaucoup au pouvoir autoritaire ukrainien. Et elle ne donne en échange que 610 millions d’euros. Alors que le président Ianoukovitch dit que l’Ukraine a besoin de 15 milliards d’euros ! Au dernier moment, le 21 novembre, Inanoukovitch a donc refusé de signer l’accord avec l’Union européenne. Les dirigeants européens ont été très surpris. Même si l’Ukraine veut être proche de l’Union européenne, ce n’est pourtant pas une surprise qu’elle veut aussi être proche de son autre puissant voisin, la Russie. Et la Russie a fait pression sur les dirigeants ukrainiens pour qu’ils refusent l’accord européen. En échange, la Russie diminue de 30% le prix du gaz qu’elle vend aux Ukrainiens pour au moins trois mois et elle lui prête 15 milliards d’euros dont 3 milliards déjà versés ! Pas étonnant que Ianoukovitch hésite. Il a d’ailleurs précisé qu’il ne signait pas l’accord européen « pour le moment ». Il laisse ainsi une ouverture à l’Union européenne. Et l’Union européenne continue de discuter avec les dirigeants ukrainiens et avec les partis politiques de l’opposition. Elle propose aussi de faciliter un prêt d’argent pour l’Ukraine à condition que le pays bloque les salaires des travailleurs du service public, bloque les retraites et facilite les privatisations des entreprises…

A l’intérieur et à l’extérieur

Après plusieurs mois de violences, le président de la République a quand même fait quelques gestes pour apaiser la population. Mais il reste tiraillé entre l’Union européenne et la Russie. Comme d’ailleurs le pays tout entier : partis politiques, hommes d’affaires et population. Car si beaucoup d’Ukrainiens en ont assez de la corruption et des inégalités, toute la population n’est pas pour un accord avec l’Union européenne.
A l’est du pays, beaucoup d’Ukrainiens sont d’origine russe, parlent russe et sont souvent de religion orthodoxe. A l’ouest du pays, une majorité de gens parlent ukrainien et sont de religion catholique. Politiquement aussi, le pays est divisé. Aux dernières élections présidentielles en 2010, une majorité d’Ukrainiens de l’est du pays ont voté pour l’actuel président Ianoukovitch. Ianoukovitch est plutôt vu comme proche des Russes. Par contre, une majorité d’Ukrainiens de l’ouest du pays ont voté pour la candidate Timochenko. Timochenko est très proche de l’Union européenne. Economiquement, l’Ukraine aussi est tiraillée. L’Ukraine vend 38% de ses produits à la Russie et 30% de ses produits à l’Union européenne. L’est de l’Ukraine, proche de la Russie, est plus riche que l’ouest du pays, proche de la Pologne donc de l’Union européenne. A l’est du pays, le salaire est 1,5 fois plus élevé qu’à l’ouest du pays, il y a beaucoup plus d’industries.
L’Union européenne et la Russie veulent, chacune de leur côté, mettre sous leur influence un seul pays : l’Ukraine. Mais un pays qui est comme divisé en deux. Chaque partie a des intérêts différents. Tout comme l’Union européenne et la Russie ont des intérêts très différents en Ukraine. Mais ils ont aussi des intérêts communs. Ne serait-ce que le gaz. La Russie vend des quantités énormes de gaz à l’Union européenne : une richesse pour les Russes, un énorme besoin de gaz pour les Européens. Et ce gaz passe par… l’Ukraine. Si en Ukraine, c’est donc bien l’Europe et la Russie qui se font face, cela reste un face-à-face très diplomatique.

Et voici un exercice téléchargeable à propos de ce texte

D’abord le fichier du texte

Word - 30 ko

L’énoncé de l’exercice

Word - 24.5 ko

Et son corrigé, bien sûr

Word - 24 ko

3 Messages

  • Ukraine : l’Europe face à la Russie 18 février 2014 10:12, par JBa

    une petite erreur de frappe : L’Ukraine vend 38% de ses produits à la Russie et 30% de ses produits à la Russie.
    Chouette article. ;-)

  • Ukraine : l’Europe face à la Russie 17 mars 2014 22:04, par Lydia Magnoni

    Merci... il fallait lire L’Ukraine vend 38% de ses produits à la Russie et 30% de ses produits à l’Union européenne.
    C’est corrigé. Merci cher lecteur ;-D

  • Ukraine : l’Europe face à la Russie 23 mars 2014 13:19, par Thierry Verhoeven

    Que l’on ne puisse pas qualifier Poutine de démocrate, c’est évident. Mais diable, l’Union européenne et l’Occident sont-ils si nuls en diplomatie ? La 1ère leçon de tout apprenti diplomate est d’apprendre à se mettre à la place de l’autre. Proposer à l’Ukraine d’entrer dans l’Otan ! Alors que la Russie se sent justement de plus en plus encerclée par cette organisation militaire qui date de la guerre froide et qui ne devrait plus avoir de raison d’être. En plus, le parti Svoboda participe au gouvernement ukrainien. Ce parti qui s’appelait "parti social nationaliste" défend l’abandon de la langue russe en Crimée et la nucléarisation de l’Ukraine ! Il fallait s’attendre, vu les méthodes de Poutine et le fait que la Russie considère la Crimée comme russe, à ce que les Russes réagissent ...

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