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Tony Blair, l’homme de fer

Royaume-Uni

mardi 15 mai 2007

Tony Blair l’a annoncé, jeudi 10 mai. Fin juin, il ne sera plus le 1er ministre du Royaume-Uni. Après 10 ans de pouvoir, il démissionne à la moitié de son 3e mandat. Tony Blair a été très populaire, et pas seulement dans son pays. Il ne l’est plus aujourd’hui. Surtout à cause de l’engagement de l’armée britannique en Irak. Mais aussi à cause d’un bilan social pas toujours rose.



Photo : Belga

Anthony Blair est un homme politique moderne. Il est séduisant. Il a toujours un grand sourire. Il sait très bien communiquer. Il se veut toujours efficace. Au nom de l’efficacité, il a modernisé le parti travailliste britannique, la gauche anglaise. Il a remporté les élections législatives en 1997, 2001 et 2005. Il a été Premier ministre pendant 10 ans. Il est de plus en plus contesté au Royaume-Uni et dans son propre parti. Au nom de l’efficacité, il démissionne. Il quittera le pouvoir à la fin du mois de juin. Anthony Blair n’aura pas battu le record de Margaret Thatcher, surnommée la Dame de fer. Elle a été Premier ministre pendant 11 ans et demi, de 1979 à 1991. En politique, Margaret Thatcher représentait la droite dure et ultralibérale. Anthony Blair représente la gauche moderne, le nouveau travaillisme. Au-delà de la division entre la gauche et la droite, Anthony Blair est un héritier de Margaret Thatcher.

Rénover

Quand il devient le chef du parti travailliste en 1994, les journalistes surnomment encore Blair, Bambi. Il est toujours souriant et ses oreilles rappellent sans doute celles de l’animal du film de Walt Disney. Et pourtant, « Tony » Blair a une volonté de fer. Une volonté de fer pour changer le parti travailliste, le grand parti de gauche au Royaume-Uni. Une volonté de fer pour gouverner le pays. Une volonté de fer pour faire entendre la voix britannique au sein de l’Union européenne. Une volonté de fer pour décider, en 2003, de s’engager dans la guerre en Irak aux côtés des Etats-Unis. Pour les Britanniques, c’est d’ailleurs la guerre en Irak qui est le plus grand échec de la politique de Blair.

Dès 1994, Anthony Blair veut rénover le parti travailliste, ce vieux parti de gauche. On supprime les idées de lutte des classes des textes du parti. Et fini le pouvoir des syndicats. Au Royaume-Uni, la droite est au pouvoir depuis 1979. Blair veut sortir de la politique ultralibérale faite par Thatcher et le parti conservateur. Blair, les travaillistes, la gauche, veulent montrer qu’ils savent gérer la crise économique et récupérer les voix des classes moyennes britanniques qui votent pour le parti conservateur, la droite.

3e voie

Tony Blair veut en finir avec la politique ultralibérale de Margaret Thatcher. Pendant ses onze ans et demi au pouvoir, elle a privatisé les entreprises publiques. Elle a diminué les dépenses de l’Etat donc les dépenses sociales. Elle a aussi mené une politique très dure contre les syndicats. En 1984 et 1985, la grande grève des mineurs anglais s’était achevée sur un échec. C’est la fin des grands mouvements sociaux. Les nouveaux travaillistes dirigés par Tony Blair veulent sortir de l’ultralibéralisme à la Thatcher. Mais ils pensent aussi que la « vieille » gauche est morte. Comme les grandes entreprises avec des milliers de travailleurs sur un même lieu. Les nouveaux travaillistes ont un discours qui s’adresse avant tout aux individus et plus aux groupes sociaux. Et une politique économique et sociale appelée « la 3e voie ».

La 3e voie ? Ce n’est pas la voie du laisser-faire économique à tout prix des libéraux et de la droite Celle qui pense que le marché économique va tout régler dans la société, y compris les injustices. Et ce n’est pas la voie de ce que l’on appelle la « vieille gauche ». Celle qui accorde de l’importance des syndicats. Celle qui fait beaucoup intervenir l’Etat dans l’économie. Celle qui nationalise les entreprises avec l’idée d’égalité et de justice sociale.
La 3e voie, c’est la réconciliation. L’Etat laisse faire les entreprises. Elles créent plus de richesses. Et l’Etat essaie de les redistribuer à celles et ceux qui en ont besoin. Cette idée de 3e voie vient des Etats-Unis. Fin des années 80 et début des années 90, Blair a rencontré plusieurs dirigeants du parti démocrate américain. En 1992, la victoire de Bill Clinton montre la voie à Tony Blair. Pour gagner, il faut tenir un discours politique moins à gauche, plus au centre, et donner la priorité aux entreprises.

Sur le terrain

Même si la 3e voie déplaît à une partie des syndicats et à la gauche du parti travailliste, c’est une voie gagnante. Les Travaillistes gagnent largement les élections en 1997. Puis encore en 2001 et en 2005 mais les victoires sont moins éclatantes. Après 10 ans de pouvoir, la popularité de Blair est en baisse. Blair a soutenu le discours américain sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Il s’est engagé à fond dans la guerre en Irak. Les Britanniques n’ont pas apprécié. En plus, le bilan social de la politique de Blair n’est pas toujours rose. On peut dire qu’il y a au Royaume-Uni une bonne croissance économique et un taux d’emploi élevé. Les dépenses publiques sont maîtrisées. Cela plaît à la Bourse et aux investisseurs. Comme les privatisations.

Mais la richesse économique créée ne diminue pas les inégalités sociales, au contraire. Elle a surtout profité aux familles déjà les plus favorisées. La fiscalité favorise les plus riches. Les soins de santé sont plus développés que sous Thatcher et la droite. Mais beaucoup reste à faire. Les accidents de train, assez fréquents au Royaume-Uni, sont un signe que les services publics se dégradent. Il n’y a pas beaucoup de protection sociale. Le chômage a baissé oui. Le taux d’emploi est élevé, oui. Mais des travailleurs sont pauvres. En 1999, un salaire minimum a été créé. Mais un salaire qui ne permet pas toujours de vivre correctement. Les syndicats ne peuvent plus jouer vraiment leur rôle. Il y a au Royaume-Uni plus de pauvres que dans d’autres pays européens. Beaucoup de travailleurs âgés ont encore un emploi. C’est bien pour les finances de l’Etat et l’équilibre entre les recettes et les dépenses sociales. Mais cela veut dire aussi que les travailleurs sont obligés de travailler plus longtemps pour vivre correctement et avoir, après, une pension suffisante. Bref, il y a au Royaume-Uni beaucoup de « vieux salariés ».
Même si, avec la nouvelle gauche, ce qui compte avant tout c’est l’égalité des chances et plus l’égalité de résultats. Même si, comme le dit Blair  : « La gestion de l’économie n’est ni de gauche ni de droite, elle n’est ni bonne ni mauvaise. Ce qui compte c’est ce qui marche. » Il y a des limites.La guerre en Irak a précipité la démission de Blair. Mais la 3e voie ne marchait déjà plus si bien que ça. Fin juin, Gordon Brown, actuel ministre des finances, deviendra Premier ministre à la place de Blair. Lui aussi est travailliste. C’est un ami et un rival de Blair. Il est, lui aussi, pour la 3e voie. Mais il devra lui donner un nouvel élan.

Thierry Verhoeven

1 Message

  • 19 mai 2007 11:57, par julie

    Est-ce qu’en belgique, on peut vraiment vivre avec le salaire minimum ? Est-ce que l’on ne tombe pas dans la misère quand vient l’heure de la pension, les pensions belges sont parmi les plus basses d’Europe (l’ancienne Europe) et les syndicats peuvent-ils encore jouer leur rôle ?C’est très bien de dénoncer les malheurs sociaux de nos voisins, l’Angleterre cette semaine, la Fance la semaine dernière mais balayons devant notre porte.

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