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En Belgique, les syndicats sont puissants. Ils ont beaucoup de membres. Quand ils appellent à la grève ou à la manifestation, les dirigeants syndicaux espèrent donc toujours que ce sera un succès. Mais la puissance syndicale n'empêche pas les travailleurs de se poser des questions sur l'utilité de l'action.

Pour nous, rien que des miettes ! Acte I

mardi 1er décembre 2015

SCÈNE 1

A Charleroi, au bistrot appelé Cabaret vert, trois amis discutent de la prochaine manifestation syndicale.
Marguerite T., Marie-Hélène S. et Carles M.

Marguerite

Moi, en tout cas, je ne ferai pas grève ce jour-là. Et que l’on ne m’empêche pas d’entrer dans l’entreprise. C’est le droit au travail. Faire grève,… Ce n’est pas comme ça que l’économie ira mieux !

Marie-Hélène et Carl

en chœur

Oh ça va hein, Marguerite, on connaît tes positions…

Marguerite

Et de plus en plus de gens pensent comme moi. Les syndicats, c’était bon avant. Mais maintenant… A quoi ils servent ? A emmerder le monde. Un peu comme toi Carl.(elle rit)

Carl

Ah, parce que le gouvernement que tu soutiens, il emmerde pas le monde peut-être ? Les chômeurs sont presque considérés comme des criminels, les travailleurs, les pensionnés, tout le monde trinque sauf les patrons…

Marguerite

De toute façon, y a pas le choix. Il n’y a pas d’autres solutions. Si on veut plus d’emplois, il faut aider les entreprises, les patrons paient trop de charges, c’est la mondialisation et tout ça. D’ailleurs vous voyez bien, tous les gouvernements font la même politique.

Carl

(avec un ton énervé)

Et alors ? Ont-ils raison pour ça ? Quand tous les gouvernements autorisaient le travail des enfants ? Quand les gouvernements ne voulaient pas que les femmes votent ?, etc. Avaient-ils raison ? Tu ne réfléchis pas, tu te laisses influencer par la télé, les discours de droite et tout ça.
(il élève encore la voix)
De toute façon, c’est inutile de discuter, on ne sera pas d’accord. Tu es d’un côté, Marguerite, et moi de l’autre, c’est tout !

Marguerite

( elle se lève, et s’apprête à quitter la table)

Inutile, tu as raison. Mais je te connais, tu vas continuer et on va s’engueuler.

Marie-Hélène

Moi je dis simplement qu’il faut aller manifester. C’est pas normal tout ce qu’on nous enlève. Les syndicats, ils sont toujours utiles. Mais, on va parler d’autre chose, rassieds-toi Marguerite.

Marguerite

Non, de toute façon, je dois partir. Allez, bonne soirée et à demain.

(elle fait la bise et elle sort ; elle croise Martine A. qui entre dans le bistrot, elles s’embrassent, échangent quelques mots)


SCÈNE 2

Martine A. voit Marie-Hélène et Carl, elle les rejoint.

Martine

Ouf, la journée est finie. Marre de ce chef à la con, y comprend rien, je crois. Mais bon, je laisse filer maintenant…
Au garçon : Un café, s’il vous plaît
A Carl et Michel : Qu’est-ce que vous buvez ?

Marie-Hélène et Carl

Rien, merci, on termine notre bière…

Marie-Hélène

Et on digère le discours de Marguerite. Moi, ça m’énerve hein ça ! Mais je ne dis rien, ça sert à rien… Carl lui, y peut pas s’empêcher.

Martine

Vous parliez de la manif manif abréviation de manifestation , je suppose ? Moi, je n’y vais pas. C’est trop tard. Les syndicats, y bougent une fois et puis plus rien. Il est grand temps qu’ils changent. Les gens n’y croient plus.

Carl


C’est une chose mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire, c’est toujours mieux que rien.

Marie-Hélène

Si tout le monde fait comme toi, Martine, c’est sûr que rien ne changera. Tu sais ce qu’on dit : celui qui se bat peut perdre, celui qui ne se bat pas a déjà perdu.

Martine

(en souriant)

Mais le gouvernement a déjà fait passer les mesures. C’est trop tard, j’vous dis. Si tout le monde se mettait ensemble, là, j’dis pas…
Puis, ils discutent du temps (pluvieux), des enfants (à leur âge, faut encore les aider pour leurs devoirs...), de leur maison (les travaux à faire). Ils sortent du bistrot.


SCÈNE 3
Sur le trottoir

Carl

De toute façon, je vais vous dire : moi j’applique la règle de la chanson de Jean Ferrat dans En groupe, en ligue, en procession procession cortège religieux , il chantonne :
S’il m’arrive Marie-Jésus
D’en avoir vraiment plein le cul
Je continuerai de me battre
On peut me dire sans rémission
Qu’en groupe en ligue en procession
On a l’intelligence bête
Je n’ai qu’une consolation
C’est qu’on peut être seul et con
Et que dans ce cas on le reste

Quand je manifeste, je m’sens moins con, c’est tout.

Martine


(toujours souriante)

Tu changeras jamais… Au revoir

Martine part d’un côté. Marie-Hélène et Carl font un bout de chemin ensemble et continuent à discuter.

Carl

Ceci dit Marie-Hélène, c’est vrai que les syndicats y doivent quand même changer. Y a eu 120 000 personnes à la manif de novembre de l’année dernière. Et puis ils attendent 3 mois avant de faire d’autres actions. Puis, ils attendent octobre.

Marie-Hélène

Je sais et je suis d’accord. Mais les gens sont prêts à faire grève plusieurs jours et à perdre de l’argent à ton avis ? C’est pas facile, on en discute au syndicat. Y’en a qui veulent des actions plus musclées, plus violentes…

Carl

Oui, enfin ça, c’est autre chose, c’est p’-êt’ pas la solution. Mais c’qui faut c’est taper sur le clou. Enfin plutôt, ce qu’il aurait fallu c’était « battre le fer tant qu’il est chaud »…

Marie-Hélène

Je sais mais y’faut aussi que toute le monde se sente concerné et d’abord les chômeurs si tous les chômeurs descendaient dans la rue…

Carl

Oui, bon, faut pas en vouloir aux chômeurs. Y’a pas d’raison qui bougent plus que les travailleurs ou que les syndicats. Ils ont assez de tracas. Entre nous, je trouve le slogan slogan phrase courte et frappante pour défendre une idée, une opinion. syndical « Rien que des miettes pour nous… » Comment dire ? Un peu naïf…

Marie-Hélène

Ca parle au gens… C’est vrai que le gouvernement a fait des cadeaux aux patrons, non ?

Carl

Oui, mais ça me fait penser au temps d’avant les années 1980. Au temps où on disait, y’a d’la croissance, de la richesse économique et on va partager : une part pour l’Etat qui assure les services publics, hôpitaux, écoles, etc. ; une part pour les patrons et une part pour les travailleurs. C’est fini ça. Depuis les années 1980, le système a changé. On ne partage plus, on ne distribue plus car il n’y a plus grand-chose à partager, à distribuer…

Marie-Hélène

Ah bon ? Et les riches toujours plus riches alors ?

Carl

Ce que je veux dire, c’est que le système est en crise, le système capitaliste est en crise. Ce qu’il faut c’est proposer autre chose, une autre société, un système plus juste, plus égalitaire. Réclamer une part du gâteau ? C’est plus d’actualité… Mais bon, je sais que c’est compliqué… Résister, c’est déjà bien.

Marie-Hélène

Voilà, c’est déjà ça et si on gagne deux ou trois trucs, c’est bien…

Carl

Oui, mais faut espérer que cette fois, si y’a du monde à la manif, on battra le fer tant qu’il est chaud !

Carl et Marie-Hélène

chantonnent (avec un regard complice)

En groupe en ligue en procession
On a l’intelligence bête
Je n’ai qu’une consolation
C’est qu’on peut être seul et con
Et que dans ce cas on le reste…

A l’angle de la rue, ils se séparent en s’échangeant quelques plaisanteries sur leurs nouveaux vêtements, leur régime,…

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