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Pères de l’Europe

Nicolas Simon

samedi 6 juillet 2013

« L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre », c’est par ces mots que Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères a présenté son projet de construction européenne au chancelier allemand Konrad Adenauer. Nous sommes en 1950. La seconde guerre mondiale est à peine finie. L’Allemagne est coupée en deux par ce que l’on a appelé le rideau de fer, frontière entre le monde occidental et le bloc soviétique. Le monde est entré dans la guerre froide.

A la base de la construction européenne, il y a des hommes qui, les premiers, ont lancé l’idée d’une Union entre des pays qui venaient de se faire la guerre. Qui sont ces « Pères fondateurs » de l’Europe ? Ils s’appellent Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide Gasperi, Paul-Henri Spaak. Ils sont, dans leur majorité, des démocrates-chrétiens, des hommes déjà âgés qui ont connu les deux guerres mondiales. En suivant leur parcours, on peut mieux comprendre la volonté qui les a animés. Ainsi, la guerre les a tous profondément marqués. Les « Pères de l’Europe » sont tous des anti-fascistes convaincus. Ils sont aussi des hommes nés aux frontières et connaissent donc des cultures différentes. Tous ces hommes ont combattu la logique de guerre et la barbarie nazie. Ils caressent l’idée d’une Europe unifiée qui puisse vivre en paix.

L’inspirateur de l’idée de l’Union est le Français Jean Monnet. Cet homme n’est pas un politique au sens où on l’entend aujourd’hui. Même s’il deviendra le premier président de la CECA, la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Jean Monnet vient d’une famille de négociants en cognac. Par son métier, il a noué de nombreux contacts à l’étranger. C’est un pragmatique. Il a une expérience d’homme d’affaires. Ainsi, Monnet pense que l’on ne peut construire l’Europe qu’à partir de réalisations concrètes. D’où son idée de la CECA, qui met en commun le charbon et l’acier. C’est Jean Monnet qui propose cette idée de la CECA à Robert Schuman alors ministre des Affaires étrangères françaises.

Un Français

Robert Schuman est originaire de Lorraine. Or, la Lorraine a été allemande jusqu’en 1918. Schuman sait donc mieux que personne combien il est important de s’unir pour éviter une nouvelle guerre en Europe. Il sait que cette paix ne pourra se faire qu’autour d’un noyau franco-allemand construit sur des bases avant tout économiques. On ne parle pas alors d’une union politique. Les souvenirs de la guerre sont encore trop présents, trop douloureux. Il est impossible, à ce moment-là de proposer une union européenne politique. Schuman et Jean Monnet le savent fort bien. Pour eux, c’est le commerce qui peut unir les peuples que les guerres et les idées totalitaires ont séparés.

Un Allemand et un Italien

Cela tombe bien, en Allemagne, un homme partage le même sentiment. Konrad Adenauer dirige l’Allemagne de l’ouest depuis 1949. L’homme est un anti-nazi de la première heure. Il est allé en prison pour ses opinions anti-nazies. Adenauer, allemand, et Schuman, français, ont les mêmes idées sur l’Europe. Ces idées vont ensuite gagner du terrain. Ainsi, le Premier ministre italien de l’époque, Alcide De Gasperi, démocrate-chrétien lui aussi, est séduit par le projet. L’Europe doit se reconstruire sur les ruines de la guerre. Et chacun y trouve ses marques. Gasperi, comme les autres « Pères de l’Europe » est un homme de frontière. Il est né dans le Trentin. Il a commencé sa carrière politique comme député autrichien en 1911. Et Gasperi a, lui aussi, été emprisonné parce qu’il était opposé au fascisme et à Mussolini.

Et... Un Belge

Plus près de nous, Paul-Henri Spaak, un socialiste belge a joué un rôle fondamental fondamental très important, de base dans la construction de l’Europe. Premier ministre avant la seconde guerre mondiale, il part en exil à Londres pour mieux se battre contre l’Allemagne nazie. Il sera un membre actif du gouvernement hors du territoire. C’est en Angleterre que Spaak rencontre des Luxembourgeois et des Hollandais, eux aussi en exil. Il leur proposera un projet d’union douanière. Ce projet se concrétise en 1944 : le Benelux est créé. C’est la toute première avancée vers l’Europe unie. Paul-Henri Spaak va relever un lourd défi. A cette époque, la France rechigne à créer une force armée européenne. La France a peur de perdre sa souveraineté.

C’est Spaak qui sera le plus actif pour trouver une solution. Il est sans doute le principal artisan de la signature du Traité de Rome en 1957. Après deux ans de négociations négociations discussions pour arriver à un accord , la Communauté européenne va naître. Et dans la foulée, l’Euratom qui prévoit une coordination en matière d’énergie atomique.

Désormais, six Etats sont liés entre eux par des institutions communes, c’est le « marché commun » de la petite Europe des six. Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi, Paul-Henri Spaak, vos noms sont aujourd’hui des rues, des places, des boulevards. Sans vous qui avez voulu une paix durable malgré toutes les difficultés, nous ne pourrions peut-être pas en parler aussi librement aujourd’hui.

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