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En quinze jours, deux mille migrants ont été sauvés en Méditerranée. Ils étaient entassés dans des cargos à la dérive, abandonnés par les passeurs. Ces trafiquants d’êtres humains sont des criminels. Mais en fermant et militarisant ses frontières aux migrants, l’Union européenne n’est pas tout à fait innocente.

Migrants, l’Europe est coupable !

Thierry Verhoeven

mardi 6 janvier 2015

En quinze jours, trois bateaux ont été secourus en mer Méditerranée. A bord de ces bateaux, des centaines de migrants. Des personnes venues d’Afrique ou du Moyen-Orient qui traversent la Méditerranée pour se réfugier en Europe. Ce n’est pas nouveau. Depuis des années, des milliers de personnes fuient leur pays pour demander asile dans un pays de l’Union européenne. Le plus souvent, ils essaient de traverser sur des barques ou des petits bateaux. Ce sont des « passeurs » qui organisent le voyage. Ils entassent les personnes sur ces bateaux fragiles. Il y a souvent des naufrages et des morts…
Ce qui est nouveau, c’est que les passeurs utilisent des gros bateaux, des cargos, pour faire passer d’un coup des centaines de migrants. Les passeurs récupèrent des vieux bateaux qui ne peuvent plus prendre la mer. Ils promettent aux migrants de les emmener dans un pays du sud de l’Union européenne : l’Italie, la Grèce, Malte ou l’Espagne. En échange, ils demandent évidemment de l’argent à chaque passager clandestin : entre 2 000 et 6 000 euros ! Arrivés en pleine mer, les passeurs quittent le navire et abandonnent les migrants. Le bateau part à la dérive, il peut faire naufrage à tout moment. En quinze jours, trois de ces cargos ont été sauvés par un autre navire.

Bateaux fantômes

On a déjà trouvé un nom à ces cargos abandonnés. On les appelle des bateaux « fantômes ». Parce qu’ils n’ont plus de pilote et qu’ils dérivent. Peut-être aussi parce que les migrants à bord risquent leur vie à tout moment. Et sans doute aussi parce que la vie de ces migrants ne compte pas. C’est évident : leur vie ne compte pas pour les passeurs. Mais compte-t-elle vraiment pour l’Union européenne ? Car si les migrants prennent autant de risques, c’est aussi à cause de la politique de l’Union européenne.
Evidemment, le grand public et les dirigeants européens sont scandalisés par la détresse, par les conditions de voyage de ces gens qui fuient leur pays. La Commission européenne vient d’annoncer qu’elle va lutter plus encore contre le trafic d’êtres humains clandestins. Les dirigeants de l’organisation qui protège les frontières de l’Europe ont déclaré à propos des « bateaux fantômes » : « C’est un nouveau phénomène de cet hiver, les trafiquants d’êtres humains sont de plus en plus cruels ! » C’est vrai : les trafiquants sont cruels et criminels. Mais l’Union européenne n’est pas tout à fait innocente. L’Union européenne empêche par tous les moyens les migrants d’entrer sur son territoire. Et cette politique n’est pas nouvelle.

Frontex

Jusqu’en 1997, chaque Etat de l’Union européenne contrôlait lui-même ses frontières. En 1997, l’Union européenne crée l’espace Schengen. L’espace Schengen regroupe presque tous les Etats de l’Union. Les Etats commencent alors à coopérer pour mieux surveiller leurs frontières. En 2004, l’Union crée l’agence européenne de protection des frontières. Cette agence s’appelle en abrégé : « Frontex » pour « Frontières extérieures ». C’est une véritable armée qui surveille les aéroports, les frontières terrestres et les frontières maritimes de toute l’Union européenne. Frontex, ce sont des officiers, des soldats, des garde-côtes qui ont des avions, bateaux, hélicoptères. Evidemment, l’Union européenne a trouvé une bonne excuse pour justifier Frontex : la lutte contre les passeurs, ces trafiquants d’êtres humains. Mais depuis sa création, Frontex a arrêté et refoulé des dizaines de milliers de migrants. Et elle n’a arrêté que quelques centaines de passeurs… Dans la réalité, Frontex a été créé pour empêcher l’immigration illégale. Et pourtant qui connaît Frontex ?

Une armée clandestine

Avec le sauvetage des bateaux « fantômes », on a un peu entendu parler de Frontex. Mais comme le disent certains parlementaires européens : « Frontex, c’est une organisation presque clandestine. » Frontex est une agence officielle de l’Union européenne mais elle n’est pas contrôlée démocratiquement. Les soldats de Frontex localisent les migrants illégaux. Ils les renvoient dans leur pays d’origine. Ou ils les arrêtent et les mettent dans des camps souvent insalubres. Et ces soldats ne respectent pas toujours les droits de l’homme. L’organisation Human Rights Watch appelle certaines unités militaires de Frontex : « Les mains sales de l’Europe » ! En 2012, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné l’Italie pour avoir violé des droits de l’homme. Dans une opération Frontex, les militaires italiens avaient refoulé vers la Lybie des migrants venus de Somalie et d’Erythrée. Les dirigeants de Frontex disent que les opérations militaires sauvent la vie de milliers de migrants. C’est vrai. Mais en 2014, 3 300 migrants sont morts noyés en Méditerranée. Ce sont les chiffres officiels. Il faut ajouter tous ceux, inconnus, qui ont disparu en mer...

L’Europe coupable

Suite à l’affaire des bateaux « fantômes », les dirigeants européens veulent augmenter les moyens de Frontex et militariser encore plus les frontières. Pourtant, si les passeurs utilisent maintenant des bateaux « fantômes », c’est aussi parce que les frontières de l’Union sont de plus en plus surveillées. Ils font leur trafic autrement. Et plus l’Union européenne militarise ses frontières, plus les passeurs auront des techniques qui mettront de plus en plus la vie des migrants en danger. Oui, les passeurs sont des criminels. Oui, l’Union européenne est coupable de fermer ainsi ses frontières, d’arrêter et de refouler ainsi les migrants !
Beaucoup de migrants de ces bateaux « fantômes » venaient de Syrie. La Syrie est en guerre depuis 2011. En 2013, il y avait déjà plus de 2,5 millions de réfugiés syriens. Les 28 pays de l’Union européenne en ont accueilli en tout 50 000. Un chiffre ridicule quand on sait qu’il y a 500 millions d’habitants dans les 28 pays de l’Union. Par contre, le Liban, petit pays du Moyen-Orient a accueilli 1 million de réfugiés syriens. Un chiffre énorme quand on sait qu’il y a 4,5 millions d’habitants au Liban !

Une vidéo qui dénonce le système européen Frontex

De nombreuses associations se sont regroupées pour lutter contre l’actuelle politique européenne en matière d’immigration, elles ont un site très bien fait avec beaucoup d’informations Frontexit

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