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Le Kenya s’enfonce dans la crise

Kenya

lundi 4 février 2008

1 000 morts et près de 300 000 personnes déplacées ! Ces chiffres provisoires montrent l’importance des violences qui secouent le Kenya depuis plus d’un mois. Et ce n’est pas fini. Actuellement, les négociations entre les principaux partis politiques sont suspendues. La communauté internationale appelle au dialogue. La bataille politique tourne à une guerre entre ethnies.


Photo : Belga

Petit rappel

Le 30 décembre dernier, Mwaï Kibaki était réélu président du Kenya. Mwaï Kibaki appartient à l’ethnie des Kikuyus. Lors des élections, Raila Odinga, le candidat de l’opposition, était son principal rival. Raila Odinga se présente comme le défenseur des plus pauvres. Il soutient l’ethnie des Luos.

Même avant l’annonce de la victoire, Raila Odinga a contesté les résultats des élections. Il accuse le président d’avoir triché. Ces accusations ont déclenché de terribles violences. Dans un premier temps, des centaines de Kikuyus ont été tués. Des maisons ont été incendiées dans les bidonvilles de Nairobi, la capitale. Les Kikuyus n’ont pas tardé à prendre leur revanche. Et à faire la chasse aux membres des ethnies soupçonnées d’avoir voté pour l’opposition. Depuis plus d’un mois, la violence ne fait que s’aggraver.

Jeudi 31 janvier, David Kimutai, un député de l’opposition, a été tué par un policier. Il était membre du Mouvement démocratique orange (ODM), le parti de Raila Odinga, chef de l’opposition. C’est le deuxième député de l’ODM tué en quelques jours. Le premier avait été abattu mardi dernier, devant son domicile.

Ces meurtres ont mis le feu aux poudres. Les violences ont repris au Kenya. Depuis, la tension est encore montée. Comme la population ne se considère plus protégée par l’Etat, chacun fait justice soi-même. On ne compte plus le nombre de maisons brûlées et de commerces pillés.

Conflit ethnique…

Au fil des jours, la rivalité entre les deux partis politiques semble se transformer en un conflit ethnique. Il faut dire que Mwaï Kibaki et Raila Odinga appartiennent à des ethnies rivales. L’actuel président fait partie des Kikuyus. Ceux-ci sont majoritaires au Kenya.

Ils représentent souvent la classe dirigeante du pays. Raila Odinga, le chef de l’opposition appartient quant à lui, aux Luos, généralement plus pauvres.

Ces tensions entre ethnies sont présentes depuis longtemps au Kenya. Mais les résultats des élections les ont enflammées. De plus, les stations de radio attisent la haine raciale. Les animateurs n’arrêtent pas de critiquer les autres ethnies. Cela entretient les tensions. De plus en plus de bandes, armées de machettes, se déplacent de village en village. La situation au Kenya fait tristement penser à ce qui s’est passé au Rwanda.

…ou guerre des terres ?

Pourtant, la situation est bien différente de celle du Rwanda en 1994. A l’époque, au Rwanda, une ethnie avait cherché à en supprimer une autre. Au Kenya, le fossé entre riches et pauvres est énorme. Après l’indépendance de 1963, les terres n’ont pas été redistribuées de manière équitable. Les premiers présidents ont favorisé leur ethnie. Et la majorité des gens se sont retrouvés sans terre. Toute une partie de la population s’estime lésée. Elle profite des troubles politiques pour récupérer des terres ou des richesses qu’elles n’ont pas. D’ailleurs, les premières émeutes ont commencé dans l’un des bidonvilles les plus pauvres de Nairobi, la capitale du Kenya. Et les violences se passent surtout à l’ouest, dans la vallée du Rift. C’est la région la plus fertile du pays. C’est donc là qu’il est le plus intéressant d’avoir des terres.

Une économie menacée

Au Kenya, la principale ressource économique est le tourisme. Plus de 250 000 personnes travaillent chaque jour dans ce secteur. Or, depuis le début du conflit, des centaines de touristes ont été évacués. Et plus personne n’ose s’aventurer au Kenya. On estime que le secteur hôtelier a perdu près de 40 millions d’euros.

C’est une catastrophe pour l’économie du Kenya. Mais ce n’est pas tout. A cause de la violence, certaines routes sont détruites. Et à cause de cela, les entreprises ont des difficultés. L’activité industrielle a baissé de 35%. D’ici le mois de mai, 400 000 personnes pourraient perdre leur travail.

Comment stopper les violences ?

L’Etat ne semble pas être en mesure d’assurer la sécurité. Les bandes continuent à se former et à tuer, voler, incendier. Désormais la police a reçu l’ordre de tirer sur ces bandes. Le gouvernement est dépassé. Il faudrait qu’une force internationale s’interpose pour protéger la population et les réfugiés. Vendredi, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a rencontré Raila Odinga, le chef de l’opposition. Celui-ci voudrait que l’ONU envoie des soldats pour maintenir la paix au Kenya.

Quelques jours avant, Ban Ki-moon s’était entretenu avec le président Mwai Kibaki. Il a demandé aux deux ennemis politiques de tout mettre en œuvre pour arrêter les violences. Il leur a aussi demandé de régler leurs problèmes par le dialogue et de manière pacifique. Reste à savoir ce que la communauté internationale pourra faire si ce dialogue échoue…

Carmela Morici

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