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La journée de la jupe

vendredi 12 mars 2010

Le 27 février 2010, c’était la 35e cérémonie des Césars. Les Césars sont les récompenses du cinéma français. Cette année, Isabelle Adjani a reçu le César de la meilleure actrice pour son rôle dans le film « La journée de la jupe » de Jean-Paul Lilienfeld.


Photo : Belga

Isabelle Adjani est une actrice très célèbre de théâtre et de cinéma. Elle est célèbre depuis les années 70. C’est la cinquième fois qu’elle reçoit le César de la meilleure actrice. Pourtant, il y a longtemps qu’elle n’avait plus accepté un rôle au cinéma. Et après des années d’absence, Isabelle Adjani est revenue au cinéma pour un film à petit budget : « La journée de la jupe ». Un film qui est d’abord sorti en télévision sur la chaîne Arte, avant de sortir au cinéma.

Une prof face aux violences

Dans ce film, Isabelle Adjani est Sonia Bergerac, un professeur de français dans un lycée de banlieue. Un lycée difficile. Sonia Bergerac est complètement dépassée par ses élèves. Elle ne réussit plus à leur donner cours. Les élèves de sa classe sont pour la plupart d’origine afro-maghrébine. Dans la classe, des caïds ont pris le pouvoir. Ils traitent leur professeur avec mépris. Quand Sonia Bergerac essaie de leur imposer quelque chose, ils la traitent de « raciste et d’islamophobe ». Certains utilisent même le Coran pour justifier leur attitude.

Sonia Bergerac vit très difficilement ses relations avec ses élèves. Elle ne sait plus lutter contre la pression. Elle découvre par hasard, un pistolet caché dans le sac d’un élève. Et elle va se laisser entraîner dans une spirale infernale. Elle va prendre une partie de sa classe en otage. Tout au long de cette prise d’otages, on va découvrir toutes les violences que vivent ces adolescents : les intimidations, les tournantes, les rackets.

Discours politiquement incorrect

Isabelle Adjani voit dans ce César le « couronnement d’une conviction ». D’origine algérienne, l’actrice a vécu en banlieue. Elle a choisi de faire ce film à petit budget parce qu’elle était convaincue que son propos était juste. Elle s’est d’ailleurs sentie très seule en choisissant de faire ce film. On lui avait déconseillé de le faire. « J’étais stupéfaite par l’audace politiquement incorrecte du sujet et la manière dont il était traité », dit-elle. C’est à cause de cette audace que le film a bien failli ne pas se faire. Jean-Paul Lilienfeld, réalisateur et scénariste du film, a remercié Arte pour une “folie” que les autres chaînes n’ont pas : celle d’accepter les idées qu’ils aiment. Ces sujets qui permettent de réfléchir, qui créent des polémiques, font très peur aux patrons des chaînes de télévision.
Pas évident en effet de parler de situations aussi dures et aussi proches de la réalité. Isabelle Adjani dit encore : « Je comprends Sonia. D’autant plus qu’elle essaie de convaincre ses élèves de l’importance de l’éducation. C’est sous la menace qu’elle peut enfin faire son cours. Je sais que les filles mettent des pantalons pour être tranquilles à l’école car leur féminité est perçue comme provocante. » Pas étonnant que dans les revendications de Sonia Bergerac, il y a une Journée de la jupe…

Proche d’une réalité difficile

 Les élèves acteurs du film ont aussi senti que le film sonnait juste : « Ce film reflète vraiment notre réalité, j’ai déjà vu un flingue dans l’enceinte de l’école » dit l’acteur qui joue Mouss, le « gros bras du film". Et il ajoute : « Moi, je ne suis pas un caïd, je poursuis mes études et je veux réussir ». Les élèves acteurs ont aussi bien senti la conviction de l’actrice : « Elle était tellement sincère en récitant son texte sur l’école et notre avenir qu’on ne pensait plus aux caméras. Il n’y avait plus de tournage, c’était juste la prof et les élèves. Même en cours, je n’écoute pas comme ça ! »

Des solutions possibles

Cette conviction d’Isabelle Adjani vient de loin. Dans sa jeunesse, elle a vécu en banlieue. Et elle a vu la situation se dégrader dans ces banlieues en quelques années : « Ce qui arrive aujourd’hui était inévitable. On a mis des gens à part dans l’arrière-cour des grandes villes, on les a stigmatisés. » Elle a aussi une idée sur la manière dont on pourrait s’en sortir : « A Marseille, par exemple, il y a place une politique de la ville assez extraordinaire, avec un programme de mixité sociale dans les immeubles : un logement social face à un appartement occupé par un médecin. Ce type de rassemblement peut faire bouger les choses. »

Lydia Magnoni
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