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La Russie n’est ni une grande prison ni une dictature, comme le disent parfois les médias occidentaux. La Russie n’est pas non plus une vraie démocratie. Elle est un peu entre les deux. Beaucoup de Russes veulent avoir plus de libertés, c'est vrai. Mais beaucoup de Russes veulent retrouver de la fierté pour leur immense pays, c'est vrai aussi. Le pouvoir russe le sait et joue sur ce sentiment, parfois à n’importe quel prix.

La grande Russie est-elle de retour ?

Thierry Verhoeven

jeudi 13 février 2014

La Russie, c’est ce que l’on appelle une « démocratie dirigée ». C’est une démocratie parce qu’il y a des élections libres, une presse libre, une justice en principe indépendante. Mais c’est une démocratie dirigée parce que les dirigeants russes tolèrent une certaine opposition politique. Ils tolèrent une certaine liberté d’expression, d’opinion dans la population. Mais ils veulent garder le pouvoir. Et pour cela, ils influencent parfois la presse ou la justice et font pression sur certains opposants politiques. La Russie n’est donc pas une vraie démocratie. Des spécialistes parlent même de « démocrature ». Un mot fabriqué à partir du mot démocratie et du mot dictature. Quand on parle de dictature, on parle évidemment du pouvoir énorme d’un seul homme, le président russe Vladimir Poutine.

Une continuité

La constitution du pays donne à Vladimir Poutine presque tous les pouvoirs. Les élections sont libres mais les députés élus au parlement n’ont presque rien à dire. Poutine a placé « ses » hommes aux postes importants du pays. Son parti, Russie unie est le parti le plus puissant du pays. Mais ce n’est pas Poutine qui a enlevé du pouvoir aux députés. Et ce n’est pas Poutine qui a créé le système de mettre des amis au pouvoir. Cela s’est fait pendant des dizaines d’années dans l’Union soviétique, « l’ancienne » Russie qui a disparu en 1991. Boris Eltsine, qui a présidé la Russie après la fin de l’Union soviétique avait aussi fait exactement la même chose.

Poutine n’hésite pas à utiliser la force. En 1999, il était déjà au pouvoir et fait une guerre en Tchétchénie. La Tchétchénie est une république qui fait partie de la Russie. Beaucoup de Tchétchènes n’acceptent pas d’être sous contrôle russe. Des Tchétchènes indépendantistes et islamistes font des attentats dans les régions voisines et les villes russes, même si on soupçonne que les Russes ont manipulé certains attentats. Poutine et le pouvoir russe réagissent. Ils font donc la guerre en Tchétchénie. Poutine justifie la guerre en disant : « on ne négocie pas avec les terroristes et les criminels ».

On ne connaît pas le chiffre officiel mais il est certain que cette guerre a fait plusieurs dizaines de milliers de morts dont beaucoup de civils. C’est la deuxième guerre de Tchétchénie. En 1994, Boris Eltsine avait déjà fait la guerre en Tchétchénie. Elle aurait fait entre 80 000 et 100 000 morts…

Un pompier qui met le feu

Poutine n’a donc fait que continuer. Reste évidemment les morts, les blessés et les horreurs de la guerre. C’est un échec pour la Russie : elle voulait empêcher l’islamisme de monter dans cette région musulmane. Mais à cause de la guerre en Tchétchénie, les islamistes ont progressé. Des islamistes financés par l’Arabie saoudite et le Qatar.

Car pour la Russie, la montée de l’islamisme est une vraie menace. Vingt millions des 145 millions de Russes sont musulmans. L’Islam est en Russie depuis des centaines d’années. C’est un Islam le plus souvent modéré et même moderne. Le pouvoir russe n’a pas envie que les musulmans du pays ne deviennent des extrémistes influencés par les islamistes de Tchétchénie et du Caucase. Par la guerre, Poutine croyait jouer au pompier. Il a mis le feu qui peut enflammer toute une région.

Le Caucase n’est pas seulement une région où il y a beaucoup de musulmans. C’est une région située entre la mer Noire et la mer Caspienne. Le Caucase est un des accès à ces mers pour l’immense Russie. Le Caucase, c’est aussi une région où il y a beaucoup de pétrole et de
Gaz. L’intérêt économique est énorme pour les Russes. Pas seulement pour les Russes, pour les Européens et les Américains aussi. Il y a donc des guerres d’influence, cette fois, entre les trois. La Russie et Poutine ne veulent pas se laisser faire.

Humiliation

Poutine veut le retour d’une Russie forte, puissante et même superpuissante. Comme du temps de l’Union soviétique. Quand on disait que le monde était divisé en deux blocs : les Etats-Unis à l’Ouest et l’Union soviétique à l’Est. Entre 1920 et 1991, l’Union soviétique, en fait l’Union des républiques socialistes soviétiques, et le Parti communiste ont joué un rôle très important dans le monde. En 1991, l’Union soviétique éclate. C’est la fin du socialisme soviétique. Des républiques soviétiques deviennent indépendantes. La fédération de Russie est créée. Elle est plus petite que l’immense Union soviétique : 5 millions de km² en moins !

De 1991 à 1999, c’est Boris Eltsine qui dirige ce qui devient la Fédération de Russie. Eltsine vend à des financiers privés de grosses entreprises d’Etat notamment de pétrole et de gaz. Durant cette période, l’économie russe va très mal, le salaire moyen est divisé par dix !
Au niveau international, la Russie ne pèse plus grand-chose. Ce sont les Américains qui dominent. Les pays d’Europe de l’Est qui étaient avant sous l’influence de l’Union soviétique se tournent vers l’Europe de l’Ouest. Dix de ces pays sont aujourd’hui membres de l’Union européenne. C’est aussi le cas de 3 anciennes républiques socialistes soviétiques… Aujourd’hui, l’Union européenne veut signer un accord économique avec l’Ukraine, grand pays voisin de la Russie.
Au niveau du commerce mondial, le grand marché transatlantique se prépare, à l’Ouest de la Russie. C’est un accord commercial important entre l’Union européenne et les Etats-Unis. A l’Est de la Russie, les Etats-Unis veulent aussi créer un marché transpacifique avec tous les pays de l’Asie du sud-est sauf la Chine. La Chine, voisine de la Russie, qui devient une grande puissance. Ce n’est pas étonnant que Poutine et le pouvoir russe se sentent encerclés.

Autorité et démocratie

Pour résister, Poutine a choisi la manière forte. A l’intérieur du pays, il est sans pitié pour les Tchétchènes qui se rebellent. Il n’hésite pas à violer les lois si son pouvoir est menacé. Il fait des JO extraordinaires à Sotchi. A l’extérieur du pays, il empêche une intervention militaire en Syrie. Il fait de la diplomatie économique, grâce au pétrole et au gaz russe, avec les pays voisins. Et l’homme Poutine se montre fort : on le voit souvent faisant du sport devant les chaînes de télé. Poutine, l’homme et le politique, montre que la Russie ne sera plus humiliée. Et qu’on le veuille ou non, c’est pour ça que beaucoup de Russes votent Poutine.

C’est aussi parce qu’ils ont connu ou appris à l’école ce qu’est le passé de la Russie. C’est aussi parce qu’avec Poutine, la situation économique et sociale n’est pas brillante mais elle est stable.
Evidemment tout le monde n’est pas pour Poutine en Russie. On voit des Russes, surtout des jeunes, manifester contre Poutine. Et des partis d’opposition, comme le Parti communiste ou « Russie juste », pourront peut-être un jour arriver au pouvoir. Mais apparemment aujourd’hui, il n’y a pas en Russie d’autres solutions politiques que le pouvoir de Poutine. Pour combien de temps ? Car le problème pour Poutine et sa « démocratie dirigée », c’est qu’elle est quand même une démocratie. Et la vraie démocratie surgit toujours là où on ne l’attend pas.

Un pays qui pèse lourd

La Russie a plus la taille d’un continent que celle d’un pays. Son économie repose surtout sur le pétrole brut et raffiné, le gaz et le charbon. En Russie, on extrait, on raffine et on exporte des hydrocarbures. Cela représente 40% des recettes annuelles du PIB de ce pays. 25% de ces exportations partent vers l’Union Européenne. On peut comprendre que le Président Poutine soit un interlocuteur privilégié de l’Union. Le pouvoir de Poutine semble, lui aussi démesuré. C’est Poutine qui a voulu que les jeux soient organisés à Sotchi. Après son deuxième mandat en 2008, Poutine ne pouvait plus en principe être président. Il envoie donc à la présidence Medvedev, un de ses proches. Et devient chef du gouvernement. Et c’est ainsi qu’il peut s’offrir un troisième mandat en mai 2012. On pourrait parler d’une sorte d’alternance du pouvoir ! En effet, Medvedev est redevenu chef du gouvernement depuis que Poutine est redevenu président.

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