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Tout le monde peut écrire. Voilà ce que crient haut et fort ceux qui animent des ateliers d’écriture. Pour écrire, il suffit de vouloir jouer avec la langue et d’accepter certaines règles du jeu.

La démocratie de l’écrit

Thierry Verhoeven

jeudi 13 mars 2014

Il y a généralement deux visions la littérature. La première vision est que quelqu’un à quelque chose à dire, une histoire à raconter et il l’écrit. Ce qui compte d’abord, c’est son idée. L’écrit n’est qu’un moyen pour faire passer cette idée. C’est la vision la plus courante, celle qui est généralement admise. Pour écrire, il faut être « inspiré » et doué. C’est comme ça que la plupart des romans sont écrits. Et puis, il y a une deuxième vision qui est l’inverse de la première. Ce qui compte d’abord, ce sont les lettres, les syllabes, les mots. Ce sont eux qui, au fur et à mesure qu’on les écrit, donnent des idées et de l’imagination à l’auteur. C’est une vision un peu oubliée aujourd’hui et qui n’est plus partagée que par quelques-uns. Selon cette vision, écrire cela s’apprend. Le texte est le résultat d’un travail sur les mots, les sons et le langage. Très peu de romans sont écrits comme cela aujourd’hui. Par contre, cette vision de la littérature est celle de la plupart des ateliers d’écriture. Et les ateliers d’écriture connaissent, eux, beaucoup de succès.

Atelier pour tous

C’est sans doute Louise Michel qui inventa les premiers ateliers d’écriture dans les années 1870. Louise Michel était une institutrice parisienne. Elle a participé à un mouvement révolutionnaire : la Commune de Paris. Comme les révolutionnaires ont été battus, Louise Michel a été déportée dans une île de l’océan Pacifique. Là, elle a fait des ateliers d’écriture avec les femmes indigènes pour les faire réfléchir sur la liberté, les droits de la femme, etc.
Dans les années 1920, un groupe d’artistes, les Surréalistes, ont inventé des jeux d’écriture à plusieurs. Mais c’est dans les années 1960 que les ateliers d’écriture ont vraiment commencé à se développer. Des écrivains, des enseignants et beaucoup d’associations ont créé des ateliers d’écriture. L’idée de l’atelier d’écriture est démocratique : n’importe qui peut participer à un atelier d’écriture, n’importe qui peut produire un écrit. Et peu importe, le niveau en français. L’écrit, cela peut être de simples mots que l’on met les uns à côté des autres en jouant par exemple sur les sons. L’écrit peut même être un collage de phrases écrites par d’autres. Et ce peuvent être des phrases de grands écrivains et poètes mais aussi des phrases de magazines, de journaux ou trouvées sur le web.

Contraintes

Rassembler des mots ou des phrases ne suffisent pas pour produire un écrit amusant ou intéressant, Les animateurs d’atelier d’écriture donnent aussi des consignes, des contraintes. Il existe des dizaines de contraintes et on peut aussi en inventer. Les contraintes peuvent être simples. Par exemple, prendre un maximum de mots avec le son « ou ». Elles peuvent être plus compliquées. Par exemple, écrire un texte sans la lettre « e » qui est la lettre la plus fréquente en français. Un écrivain, Georges Perec, a d’ailleurs publié en 1969 un roman La Disparition : 320 pages sans une seule fois la lettre « e » !
Dans un atelier d’écriture, on peut se contenter d’une phrase ou deux. Car on participe à un atelier d’écriture pour jouer avec la langue avec d’autres. Pas pour devenir un grand écrivain.
L’atelier d’écriture permet aussi de désacraliser l’écriture et l’écrivain. Comme le dit l’écrivain Jean Ricardou : « Le roman, ce n’est plus l’écriture d’une aventure, c’est l’aventure d’une écriture. » L’atelier d’écriture nous permet de participer, modestement, à cette aventure.

1 Message

  • La démocratie de l’écrit 20 mars 2014 12:41, par Mel

    C’est vrai ça tout le monde peut écrire.. Dire ce qu’on a à dire. Ecrire ce qu’on a à écrire. Et y mettre les formes ce sera pour après... Pour plus tard...Ou pour jamais.
    Il y a une différence entre ce qu’on écrit parce qu’on doit bien et ce qu’on écrit pour décrire notre dedans, non. En tout cas tous les participants de mes ateliers d’écriture en redemandaient. Même et peut-être surtout si leur "niveau’ en français était faible.

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