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Après plusieurs mois de discussions, Chypre est sauvée. A cause de ses banques, Chypre était au bord de la faillite. Les pays de la zone euro vont l’aider. En échange, Chypre va taxer les dépôts bancaires de plus de 100 000 euros et remettre de l’ordre dans son système financier. Chypre sort de la crise. Mais l’euro et l’Europe n’en sont pas encore sortis…

L’Europe sauve Chypre et l’euro

Thierry Verhoeven

dimanche 31 mars 2013

Après l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la Grèce, c’est au tour de Chypre. Rien de nouveau dans cette affaire. En juin 2012, les banques du pays sont au bord de la faillite. L’Etat chypriote ne peut pas les aider. Chypre est dans la zone euro. Elle demande l’aide des pays de la zone euro. Après 9 mois de discussions, on trouve un accord.

Les pays de la zone euro vont aider Chypre en lui donnant 10 milliards d’euros. En échange, Chypre doit aussi faire un effort et trouver 6 milliards d’euros. Comment faire ? On avait d’abord décidé de taxer tous ceux qui ont de l’argent dans les banques de Chypre. Colère de la population chypriote : pourquoi devraient-ils payer pour les banques ?

Finalement, on trouve une autre solution. L’Etat va taxer seulement ceux qui ont plus de 100 000 euros en banque. La taxe devrait être entre 30% et 40%. On a trouvé cette solution car il y a de gros dépôts bancaires à Chypre : 70 milliards d’euros, c’est énorme pour un petit pays. C’est plus de sept fois l’ensemble des richesses produites à Chypre pendant un an.

30 milliards de ces 70 milliards appartiennent à des personnes qui n’habitent pas Chypre dont beaucoup de riches Russes. 42% des comptes dépassent 500 000 euros. La taxe doit rapporter un peu plus de 4 milliards d’euros. Pour trouver les 6 milliards, l’Etat chypriote devra aussi faire des économies. On va privatiser. On va augmenter l’impôt sur les sociétés : il est de 10%, il va passer à 12,5%. L’Etat s’engage aussi à remettre de l’ordre dans son système bancaire.

Paradis fiscal

Chypre est un paradis fiscal. Cela veut dire que l’on est très peu taxé et que le système financier n’est pas transparent. Si vous avez beaucoup d’argent, vous avez donc évidemment intérêt à déposer votre argent dans un paradis fiscal. En plus, on ne vous pose pas trop de questions sur l’argent que vous déposez. Vous pouvez donc déposer, en toute tranquillité, de l’argent gagné par des activités illégales. Par exemple, si vous fraudez dans votre pays, vous ne déclarez pas tout l’argent que vous avez gagné. Ou encore, si vous gagnez de l’argent par des activités criminelles : prostitution, trafic d’armes, de drogue, … A Chypre, votre argent est à l’abri et il est recyclé. Vous pouvez l’utiliser pour des activités légales. Votre argent sale devient propre : il est blanchi.

C’est aussi pour cela que les pays de la zone euro ont décidé de taxer les gros dépôts bancaires de Chypre. Mais on peut se poser une question : pourquoi avoir attendu si longtemps avant de demander à Chypre de mettre de l’ordre dans son système bancaire ? Chypre est entrée dans la zone euro en 2008 et elle était déjà un paradis fiscal. On réagit maintenant tout simplement parce que Chypre a demandé l’aide des autres pays pour sauver ses banques. Le problème de Chypre montre, une fois de plus, les problèmes de la zone euro et plus largement de l’Union européenne.

Depuis 2008, c’est la crise économique et financière dans l’Union européenne et dans les 17 pays de la zone euro. Il a fallu sauver des banques de la faillite. Il a fallu sauver des Etats incapables de rembourser leur dette : l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, la Grèce. C’est souvent la population qui a payé le prix de cette aide financière. On a diminué les services publics, de santé, d’éducation. On a diminué les pensions ou retardé l’âge de la pension. Et finalement ce n’est pas une mauvaise chose de faire payer, à Chypre, ceux qui ont plus de 100 000 euros en banque même si d’autres mesures vont toucher toute la population de Chypre.

Une vraie Europe

Malgré toutes ces crises, il n’y a toujours pas de vrai contrôle politique de la zone euro. Pour l’impôt, par exemple, chaque Etat peut faire ce qu’il veut même s’il est dans la zone euro. Certains Etats, comme Chypre, font payer peu d’impôts aux entreprises et aux investisseurs pour les attirer. Cela crée donc des déséquilibres à l’intérieur de la zone euro.

Pour l’économique, il n’y a pas de grandes mesures européennes pour lutter contre le chômage. En échange de leur aide, les pays de la zone euro et de l’Union européenne imposent, dans l’urgence, des sacrifices aux populations. On sauve peut-être les pays de la crise financière mais on aggrave encore la crise économique.

En 2008, les dirigeants européens ont sauvé les banques de la faillite mais ils avaient promis de remettre de l’ordre dans le système bancaire et dans les paradis fiscaux. Cinq ans plus tard, la crise de Chypre montre bien que les promesses n’ont pas été tenues. Evidemment, c’est très compliqué de trouver un accord entre 17 pays de la zone euro et plus largement entre les 27 pays de l’Union européenne. Mais c’est le prix d’une véritable Europe. Une Europe qui ne serait plus impuissante face aux marchés financiers. Une Europe plus harmonieuse et plus sociale.

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