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Depuis plus d’un an, les dirigeants des 28 pays membres de l’Union européenne n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une vraie politique d’accueil des réfugiés. Chacun aimerait que ce soit l’autre qui fasse le plus d’efforts. C’est une vraie crise de l’Europe, une crise de ses valeurs démocratiques, de ses valeurs d’union, de solidarité et de civilisation.

L’Europe est-elle morte ?

Thierry Verhoeven

lundi 7 mars 2016

En 2015, un million de réfugiés sont entrés dans l’Union européenne. Cela peut sembler beaucoup. Mais d’abord, il y a 509 millions d’habitants dans les 28 pays de l’Union européenne. Imaginons un stade de football avec 10 000 personnes : les réfugiés arrivés en 2015 représentent 20 personnes sur le total, donc pas grand-chose. Ensuite, l’Union européenne accueille peu de réfugiés : environ 8 % du total des réfugiés dans le monde. Ce sont les pays les plus pauvres qui accueillent les plus de réfugiés : environ 85 % du total. Enfin, l’Union européenne veut être le plus grand espace démocratique du monde. Les 28 pays membres doivent donc respecter les droits des réfugiés et les accueillir avec humanité.

Malheureusement…

Malheureusement, depuis un an, les 28 pays membres de l’Union européenne n’arrivent pas à se mettre d’accord pour accueillir avec dignité dignité le respect qu’on se doit à soi-même les réfugiés. Ce n’est pas une “crise” des réfugiés, c’est une crise de l’Union européenne. Pour le dire simplement, les dirigeants des pays de l’Union sont égoïstes. Ils préfèrent empêcher le plus possible les réfugiés d’entrer dans l’Union européenne et plus encore dans leur pays. En voici quelques exemples.

Calais, la France et la Grande-Bretagne

Calais est une ville de France située au bord de La Manche, à 30 km de l’Angleterre. Depuis plusieurs années à Calais, des milliers de réfugiés vivent dans des camps, des bidonvilles. Officiellement, début 2016, il y a entre 5 500 et 6 000 réfugiés à Calais. Ils seraient, selon certains, entre 7000 et 8 000. Ils veulent traverser La Manche pour aller vivre en Angleterre. Pour les empêcher de passer en Angleterre, il y a tout un système de sécurité : des policiers, des murs de fils barbelés, etc.
La Grande-Bretagne ne veut pas de ces réfugiés sur son territoire. Elle n’accepte même pas les enfants isolés ou les réfugiés qui ont de la famille en Grande-Bretagne. Des discussions sont en cours pour essayer que la Grande-Bretagne ouvre un peu ses frontières. Mais la Grande-Bretagne préfère payer le système de sécurité de Calais plutôt que d’accueillir les réfugiés sur son propre territoire.

Calais, la France et la Belgique

Calais est une ville de France située au bord de La Manche et tout près de la frontière avec la Belgique. Depuis plusieurs années à Calais, des milliers de réfugiés vivent dans des camps. Ils essaient de traverser La Manche pour aller vivre en Angleterre. Ces camps ne sont pas légaux. Fin février, le gouvernement français a décidé de démonter une partie des camps. Pour que les réfugiés de Calais ne viennent pas en Belgique, le gouvernement belge a décidé, le 23 février, de fermer ses frontières aux réfugiés.
La police belge contrôle les entrées et renvoie ces réfugiés en France. Le gouvernement belge n‘avait pas prévenu le gouvernement français qui s’est étonné et a trouvé la décision belge “étrange”. Les autorités de l’Union européenne ont aussi critiqué la décision du gouvernement belge. En effet, la Belgique et la France sont deux pays membres de l’Union européenne et membres de ce que l’on appelle l’espace Schengen. Il n’y a pas de frontières intérieures entre les pays membres de Schengen. Un pays qui veut rétablir les contrôles peut le faire, mais il doit respecter certaines conditions et en discuter avec le pays concerné. Le gouvernement belge n’a pas respecté les règles.

A l’autre bout de l’Union européenne…

A l’autre bout de l’Union européenne, la Grèce a accueilli plus de 100 000 migrants depuis janvier 2016. La Grèce est un pays de l’Union européenne qui est juste en face de la Turquie. Les réfugiés entrent dans l’Union européenne par la Grèce. Ils prennent ensuite ce que l’on appelle la “route des Balkans”. Cette route traverse plusieurs pays. Et ces pays ne laissent pas ou presque pas passer les réfugiés.

En orange, la route des Balkans. Source de la carte : le journal La Croix

Fin février, la Macédoine a décidé de refuser les réfugiés afghans. Et elle demande de plus en plus de documents aux réfugiés syriens et irakiens pour qu’ils puissent entrer dans le pays. Il faut savoir que les réfugiés qui arrivent en Grèce viennent en majorité de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. Le 15 février, la Serbie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche ont décidé de renforcer les contrôles à leurs frontières pour laisser passer le moins possible de réfugiés. La Croatie, la Slovénie et l’Autriche sont des pays membres de l’Union européenne, mais ils ne veulent pas aider la Grèce… Une ministre grecque aurait même déclaré : “L’Autriche nous traite comme des ennemis.” Résultat de ces blocages aux frontières : 30 000 réfugiés bloqués en Grèce (chiffre de début mars).
La Grèce un petit pays : 11 millions d’habitants. Elle est en crise économique et financière. En 2015, les autres pays de l’Union européenne ont bien voulu aider la Grèce à rembourser sa dette. En échange, la Grèce a dû diminuer les dépenses publiques et sociales. Beaucoup de Grecs vivent dans la pauvreté. Et pourtant, les pays de l’Union européenne laissent la Grèce se débrouiller seule avec l’accueil des réfugiés.

L’Allemagne

L’Allemagne est un des seuls pays de l’Union européenne à vouloir aider réellement la Grèce. Depuis début 2015, l’Allemagne est le pays qui a ouvert le plus largement ses frontières aux réfugiés. L’Allemagne essaie de convaincre les autres pays européens d’aider vraiment la Grèce et d’accueillir, eux aussi, plus de réfugiés. Et quand on dit l’Allemagne, il faut plutôt dire Madame Angela Merkel qui dirige l’Allemagne. Angela Merkel essaie de faire une vraie politique d’accueil pour les réfugiés dans son pays et en Europe. Cela ne plaît pas à certains partis politiques allemands et même à une partie du parti de Madame Merkel. Cela ne plaît pas non plus à une partie de la population allemande. Heureusement, une autre partie la soutient encore. Cela ne plaît pas aux dirigeants des autres pays de l’Union européenne. Mais Madame Merkel est têtue. Comme elle le dit : “Mon foutu devoir est que cette Europe trouve un chemin ensemble.” Souhaitons-lui bon courage !

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