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Ghislenghien, un verdict jugé décevant

vendredi 26 février 2010

Lundi 22 février 2010, le tribunal correctionnel de Tournai a rendu son verdict dans le procès de la catastrophe de Ghislenghien. Les victimes sont déçues de ce verdict. Le Parquet aussi. Il va en appel contre le jugement. 

Retour en arrière. Le 30 juillet 2004, vers 9h, une conduite de gaz explose dans la zone industrielle de Ghislenghien, près de Ath, en Région wallonne. Cette conduite de gaz naturel sous haute pression appartient à la société Fluxys. Elle passe sous le zoning industriel de Ghislenghien. Il y a des travaux dans ce zoning. Plusieurs entreprises sont en train de construire une nouvelle usine pour la société Diamond Board (aujourd’hui Husqvarna). Peu de temps avant la catastrophe, les pompiers et les techniciens d’Electrabel ont été appelés sur place pour une alerte au gaz. C’est à ce moment que la conduite a explosé. Les victimes de l’explosion sont des pompiers et des travailleurs.

Un choc terrible

Après l’explosion, une colonne de flammes de près de 100 mètres s’est élevée dans le ciel. On a pu la voir à plus de 15 kilomètres à la ronde. On a senti la chaleur de l’explosion à près de 2 kilomètres. Sous l’effet de la chaleur, des circuits électriques ont fondu dans des bâtiments très loin de là. On a retrouvé des morceaux des bâtiments à 6 kilomètres Un morceau de conduite de gaz de 11 mètres a même été projeté à près de 200 mètres. Après l’explosion, le sol a vibré pendant dix minutes. On a senti cette vibration à plus de 20 kms. Pas étonnant que cette explosion violente a aussi été très meurtrière.

A Ghislenghien, il y a eu 24 morts et 132 blessés. Encore aujourd’hui, Ghislenghien reste la catastrophe industrielle la plus meurtrière en Belgique depuis l’accident du Bois du Cazier.

Victimes et responsabilités

Comme lors de chaque catastrophe, il faut une longue enquête pour déterminer qui est responsable et de quoi. Dans cette affaire, il y a eu des informations qui sont mal passées. Par exemple, l’entreprise qui faisait les travaux de terrassement ne savait pas précisément à quelle profondeur était la conduite de gaz. Et elle a utilisé un gros engin de chantier.

Au procès de la catastrophe de Ghislenghien, il y avait 14 prévenus. Plusieurs entreprises actives sur le chantier et leurs responsables ; Fluxys, le gestionnaire du réseau de gaz, qui aurait dû mettre à jour ses plans de réseau ; l’entreprise Husqvarna, qui avait commandé la construction de l’usine et qui aurait dû mieux s’informer. Il y avait aussi des responsables politiques de la ville d’Ath qui auraient dû informer Fluxys du projet d’usine.

Lundi 22 février, le tribunal correctionnel n’a condamné que trois prévenus. Ceux-ci ont été reconnus coupables d’homicide involontaire par manque de prévoyance : Erwin Persoons, l’architecte qui dirigeait la construction de l’usine Diamant Boart ; l’entrepriseTramo qui faisait des travaux de terrassement et qui a percé la conduite de gaz et son conducteur de travaux, Kristof Dewaele.

En revanche, Husqvarna, l’entreprise maître-d’œuvre des travaux, Fluxys, gestionnaire de la conduite de gaz ont été acquittés. Acquittés aussi le secrétaire communal et le bourgmestre d’Ath.

Jugement et victimes

 Les victimes ne sont pas satisfaites de ce jugement. Avant le procès, les assurances des prévenus avaient proposé d’indemniser les 150 victimes les plus gravement touchées. 25 millions d’euros ont été débloqués. Et la fondation Ghislenghien a débloqué 2,2 millions pour les victimes qui n’étaient pas couvertes par une assurance.

Mais certaines victimes ont préféré attendre la décision du tribunal pour être indemnisées. Des provisions leur ont été accordées lors du jugement. Mais les assurances des condamnés suffiront-elles pour indemniser ces victimes ? Trente dossiers sont toujours ouverts…

Lydia Magnoni

 

 

1 Message

  • 28 septembre 2010 16:20, par Paul Poulallion

    Il y a trois points à commenter :
    1- Avant l’accident.
    Durant la construction d’un gazoduc à haute pression on prend plusieurs précautions :
    - recouvrement de la conduite avec une signalisation:bande de plastique.
    - on balise le tracé pour surveiller les modifications aux environs.Constructions nouvelles ou déplacement de terre.
    - on protège la canalisation avec une protection cathodique
    - on place des vannes avec fermeture automatique en cas d’incident de pression. La distance entre les vannes est déterminée en fonction de la densité de l’occupation du terrain : 25 km au sahara, 5km ou moins en zone industrielle.
    Durant l’opération d’un gazoduc le service d’entretien doit régulièrement parcourir le tracé et vérifier l’état des balises, la protection cathodique, le bon fonctionnement des opérateurs de vannes. Mais le plus important de cette activité est évidement de noter l’approche de constructions ou d’implantation de zone industrielle ou habitationnelle.
    Toute activité régionale devrait être suivie par la société de distribution de gaz, ne serait ce que pour des raisons commerciales, avec l’intèrêt d’avoir de nouveaux clients.
    CONCLUSION : il n’est pas normal qu’une premiére tranchée soit ouverte sans avoir un representant de la compagnie de gaz sur le terrain.
    L’ocupation du sous-sol par un gazoduc implique le devoir et la responsabilité de surveiller toute atteinte à la canalisation.
    2- L’accident et le jugement.
    Toute avarie à la conduite aurait du être signalée : responsabilité directe.
    Suite à la destruction, les vannes de part et d’autre de la fuite auraient du fermer l’arrivée de gaz et il n’est pas normal que le dégagement dure si longtemps ! : responsabilité directe de la société de gaz dont les vannes n’ont certainement pas fonctionnées.
    Je n’ai pas trouvé l’information sur le diamètre de la conduite. Je supose qu’elle devait être supérieure à 600 mm. C’était probablement un gazoduc de transport de grande capacité. Comment une région pouvait dépendre de cette source énergétique et ne pas avoir une information sur le tracé, ou mieux avoir marqué sur le terrain les limites de protection ??

    Je n’ai pas compris comment le jugement a pu être fait.

    3- L’après accident.
    Que s’est-il passé ? quelles dispositions ont été prises ?
    - Vérifier le fonctionnement de tous les opérateurs de vannes de sectionnement automatique des compagnies de gaz.
    - Réviser les distances entre vannes dans les zones occupées.
    - Mettre en place un repérage d’une bande de terrain interdite à toutes intervention sur tout les gazoducs haute pression.
    - Obliger les sociétés de gaz de visiter les tracés de leurs installations enterrées et de déposer chaque année un rapport de conformité aux normes.
    - Imposer la mise en place de signalisation rigide(bande de grille en plastique)à 20 ou 30 cm sur toute canalisation de gaz haute pression.

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