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Dans les écoles de 45 des 50 Etats des Etats-Unis, apprendre à écrire en lettres attachées n’est plus obligatoire ! On apprend à écrire en lettres imprimées, c’est tout. C’est plus facile et les enfants ont autre chose à apprendre. Comme surtout, apprendre à utiliser le clavier informatique…

Fini le cahier, vive le clavier !

Thierry Verhoeven

samedi 15 mars 2014

Une institutrice de Washington le dit : « L’année dernière encore, j’ai obligé les élèves à écrire les dictées en lettres attachées. Mais ce n’est pas juste pour les élèves qui viennent des écoles publiques et ne maîtrisent déjà plus cette forme d’écriture. Une de mes collègues a complètement abandonné l’écriture en lettres attachées l’an dernier et je me demande si je ne vais pas l’imiter. Je ne voudrais pas être la dernière à m’agripper au passé. D’ici trente ans, de toute façon, on ne prendra plus de notes avec un bloc et un stylo. L’avenir est aux nouvelles technologies. » Apprendre à écrire en lettres attachées, ce que l’on appelle l’écriture cursive, n’est donc plus obligatoire dans 45 des 50 Etats des Etats-Unis. Par contre, l’élève doit maîtriser parfaitement le clavier à la fin de la 4ème primaire. Cela semble fou. La question fait débat. Et pas seulement aux Etats-Unis.

De l’écrit à l’écran

Des parents sont soulagés, d’autres mécontents. Chez les enseignants, chez les spécialistes du développement de l’enfant, il y des « pour » et des « contre ». Des écoles font de la résistance et gardent dans leur programme l’apprentissage de l’écriture en attaché. Mais la tendance est là et elle se généralise. Pour l’année scolaire 2014-2015, les élèves américains passeront des tests standardisés qui ne se feront qu’en ligne sans plus aucun support papier. Une révolution ? Pas tant que ça.

Nous ne devons pas juger la réforme américaine à partir de notre expérience d’apprentissage de l’écriture du français. Dans l’enseignement francophone, on donne une grande place à la maîtrise de l’écriture attachée. Souvent, à l’école, on apprend d’abord une écriture qui ressemble aux caractères imprimés : l’écriture « scripte ». On apprend ensuite l’écriture liée, attachée : l’écriture cursive. Ce n’est pas pareil dans toutes les langues, même pour celles qui ont notre alphabet. En allemand, par exemple, l’écriture attachée est beaucoup plus simple qu’en français. Au Mexique, les enfants apprennent à écrire l’espagnol uniquement en écriture scripte. Aux Etats-Unis, l’écriture scripte domine dans l’apprentissage depuis plus de 100 ans. Ne plus apprendre l’écriture cursive aux Etats-Unis, en 2014, ce n’est donc pas vraiment une révolution.

Rentabilité

Pour certains spécialistes, apprendre l’écriture cursive est très important pour le développement de l’enfant. Il apprend à coordonner la main avec le cerveau, il apprend des gestes précis, des mouvements fluides, qui coulent… En plus, disent ces spécialistes, mieux on écrit, plus on a de l’imagination. Et plus on sait écrire de beaux textes…
Pas simple de se faire une opinion. Car soyons francs, on a tous déjà lu de belles « conneries » écrites en belles lettres cursives. Les Allemands apprennent une écriture plus simple. Et il y a pourtant de bons ouvriers et de bons techniciens aux gestes très précis en Allemagne. Les Mexicains apprennent à écrire l’espagnol en script et ils ont pourtant beaucoup de grands écrivains comme Octavio Paz ou Carlos Fuentes...
Si l’on considère l’écriture comme un moyen parmi d’autres de stocker de l’information et de la communiquer, alors on peut abandonner l’écriture cursive. Si, comme certains savants, on pense qu’apprendre l’écriture cursive, c’est apprendre à mieux repérer, à mieux penser, alors il faut la défendre.
Ce que l’on peut regretter, c’est d’être dans une époque qui ne voit que l’utilité, l’immédiat. Ce qui apparemment ne sert pas, ce qui n’est pas rentable, est abandonné. Mais quand je vois les jeunes pianoter à toute allure sur leurs claviers et naviguer avec agilité sur leurs écrans, je ne peux m’empêcher de me revoir enfant poussant laborieusement mon porte-plume parce que gaucher, pour essayer d’écrire de beaux mots réguliers sans faire de taches d’encre sur la feuille.

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