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Electrabel, débat électrique

jeudi 8 octobre 2009

La semaine dernière, un groupe officiel d’experts a remis un rapport sur les choix à faire en matière d’énergie. Ce groupe propose notamment de prolonger la vie des centrales nucléaires. Le ministre du climat et de l’énergie, Paul Magnette, est d’accord avec certaines propositions des experts. Hasard de calendrier : ce débat écologique et énergétique devient aussi budgétaire. Avec la crise, l’Etat a besoin d’argent. Et Electrabel qui exploite les centrales nucléaires en Belgique en a beaucoup.

En 2003, les députés ont voté une loi sur l’arrêt des centrales nucléaires. 3 centrales construites en 1975 doivent être arrêtées en 2015. Les 4 autres, construites dans les années 1980, doivent être arrêtées en 2025. En octobre 2009, un groupe d’experts (le GEMIX) a sorti un rapport sur l’avenir énergétique du pays. Et que proposent-ils ? Ils proposent de prolonger la vie des centrales nucléaires. 10 ans de plus pour les 3 plus vieilles centrales soit 2025 au lieu de 2015. Et 20 ans de plus pour les 4 autres soit 2045 au lieu de 2025. Le ministre de l’énergie et du climat, Paul Magnette (PS) soutient au moins la proposition de prolonger de 10 ans les 3 premières centrales.

Débat écologique


Le GEMIX est un groupe d’experts belges et internationaux. Ce groupe est chargé de proposer le meilleur mix énergétique pour la Belgique dans les années à venir. Un « mix énergétique » ? C’est-à-dire le mélange des différentes sources pour produire de l’énergie (centrale nucléaire, centrale gaz, éolienne, etc.). Dans ses propositions, le GEMIX prend en compte : la situation actuelle, la demande future, le coût et bien sûr, la protection de l’environnement et du climat.
Selon le rapport du GEMIX, si on sort du nucléaire en 2015, on ne produira plus assez d’électricité pour satisfaire la demande.
Le ministre Paul Magnette veut donc prolonger l’activité des 3 plus vieilles centrales. Il le dit : « ce n’est pas de gaieté de cœur ». Car insiste-t-il, « son parti, le PS, est attaché à la loi de 2003, à limiter la consommation d’énergie, à développer les énergies renouvelables. » Mais selon, le ministre, les chiffres du GEMIX sont là, on n’y arrivera pas en 2015. Voilà qui promet un beau débat entre ceux qui défendent le nucléaire et ceux qui s’’y opposent. Avec tous les arguments qui vont avec : « le nucléaire, c’est dangereux et cela fait des déchets radioactifs » contre « le nucléaire pollue moins que les centrales au charbon ou au gaz » ; « il faut développer l’énergie verte » contre « l’énergie verte ne suffira pas à satisfaire nos besoins », etc.

Le parti Ecolo évidemment et aussi, par exemple, le syndicat FGTB sont contre cette prolongation de la vie des centrales. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est une question sérieuse. On ne plaisante pas avec l’énergie. Surtout pas ces dernières années car l’on veut protéger l’environnement et lutter contre le réchauffement climatique. Voilà pour le débat écologique. Mais à cause d’un hasard de calendrier, le débat est aussi devenu budgétaire.

Débat budgétaire


Le rapport du GEMIX était prévu pour le 15 octobre au plus tard. Et il est sorti en plein débat sur le budget de l’Etat. Ce budget en déficit : il manque quelques milliards d’euros. Où les trouver ? Le gouvernement doit faire des propositions au parlement la semaine prochaine. Chacun a des propositions : faire des économies sur les soins de santé ou faire payer les banques, taxer les voitures de société ou augmenter pour tous la taxe sur le diesel,... Mais tout le monde est d’accord sur une chose : il est possible de récupérer une partie de la rente de l’énergie nucléaire (1).
En Belgique, Electrabel exploite les 7 centrales nucléaires du pays (4 à Doel et 3 à Tihange). Electrabel produit et vend l’électricité. C’est une activité très rentable : les centrales sont amorties depuis longtemps. Quand on a construit les centrales, on estimait leur durée de vie entre 30 et 40 ans. On aurait donc pu étaler le coût de leur construction sur cette période. Mais on a étalé le coût sur 20 ans. Et pour payer ces centrales en 20 ans, les ménages de Belgique ont alors payé plus cher leur électricité à Electrabel. Une fois l’amortissement fait, le prix aurait dû baisser. Cela n’a pas été le cas. Electrabel bénéficie donc d’une rente payée par la collectivité. C’est un des nombreux avantages qui profitent à Electrabel.

Selon les estimations, cette rente varie entre 700 millions d’euros et 2 milliards d’euros par an. Depuis 2003, Electrabel est une filiale du groupe français GDF-Suez. Et tout le monde reconnaît qu’Electrabel est de loin la filiale la plus rentable du groupe. En 2008, le gouvernement avait d’ailleurs taxé Electrabel d’environ 250 millions d’euros sur cette rente. Electrabel avait protesté.
Cette année, on parle de prolonger la vie des centrales. Si on fait cela, on prolonge aussi la rente d’Electrabel. Et on lui donne encore plus d’avantages. Qu’on le veuille ou non, si le gouvernement décide de prolonger la vie des centrales nucléaires, il pourra mieux négocier avec Electrabel un retour de la rente à la collectivité, donc à l’Etat et à son budget qui est en déficit. Mais que l’on prolonge ou non la vie des centrales, il serait anormal qu’Electrabel profite encore d’une rente payée par les consommateurs. Des consommateurs qui, avec la crise, sont tout sauf des rentiers.

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