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Depuis trente ans, il y a un chômage de masse en Belgique. Et depuis trente ans, on contrôle, on punit et on exclut de plus en plus les chômeurs. Pourtant, enlever des droits aux chômeurs, cela ne règle pas le problème du chômage.

Chômeurs, une guerre de trente ans

Thierry Verhoeven

vendredi 6 mars 2015

Dans les années 1970, la Belgique, comme les autres pays européens, entre en crise économique. Le chômage de masse est une des conséquences de la crise. En Belgique, il y avait 96 000 chômeurs en 1974. En 1981, il y en avait plus de 400 000. Et depuis, il n’y a jamais eu de baisse importante. Il y en a aujourd’hui environ 425 000. Et ce ne sont que les chômeurs complets indemnisés. Il faut ajouter les prépensionnés, les jeunes en stage d’attente, les chômeurs qui travaillent à temps partiel, etc.

Moins d’argent dans la caisse

Ce chômage de masse crée évidemment beaucoup de problèmes. Et d’abord, un problème financier. En effet, les chômeurs ont une indemnité pour vivre puisqu’ils n’ont pas de salaire. Or, l’argent pour payer des indemnités vient surtout des salaires des travailleurs. En effet, une partie des salaires est versée à la Sécurité sociale. C’est ce que l’on appelle les cotisations sociales. Une partie de ces cotisations sociales sert à indemniser les chômeurs. Donc, beaucoup de chômeurs, cela veut dire plus d’indemnités à verser. Beaucoup de chômeurs, cela veut dire aussi moins d’emplois donc moins de salaires donc moins de cotisations sociales… En plus, depuis les années 1980, le gouvernement permet aux patrons de payer moins de cotisations sociales sur les salaires. Le but est de les aider à créer de l’emploi. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Beaucoup de patrons profitent du système… et n’engagent pas. Comme il y a de moins en moins d’argent qui rentrent dans les caisses, on veut dépenser moins.

Les cohabitants et les jeunes

Depuis 1980, les pouvoirs politiques changent souvent les lois sur le chômage pour faire des économies. Voyons quelques-uns de ces changements. En 1980, on crée 3 catégories de chômeurs : les chefs de famille, les isolés et les cohabitants. Cela permet de diminuer les indemnités des isolés et des cohabitants. En 1982, les jeunes qui sortent de l’école ne touchent plus des allocations de chômage mais des allocations d’attente. Cela permet de diminuer leurs allocations. En 1986, le gouvernement fait une loi pour exclure les cohabitants chômeurs de longue durée qui vivent avec une personne qui gagne plus de 15 000 euros par an. Neuf exclus sur dix sont des femmes. Heureusement, cette loi n’existe plus mais elle a été remplacée par d’autres règles.

Contrôles et sanctions

Depuis le début des années 2000, le nouveau mot en matière de chômage est « activation ». Cela veut dire aussi que les chômeurs doivent faire de plus en plus de choses pour s’orienter, se former, trouver un emploi. Les chômeurs sont accompagnés mais surtout surveillés et contrôlés. Ils doivent signer des contrats avec l’ONEm ou le FOREm. Les chômeurs sont soumis à de plus en plus de règles. Il y a donc de plus en plus de chômeurs sanctionnés.
Officiellement, l’ONEm a pris 800 000 sanctions de 2004 à 2012. Aujourd’hui, on doit donc être à environ le million de sanctions. Si la sanction est légère, le chômeur peut perdre une partie de ses allocations pendant quelques semaines. Si la sanction est lourde, il peut être exclu. L’ONEm déclare 16 900 exclusions rien que pour l’année 2014…

Nouvelles attaques

Il n’y a pas que les chômeurs sanctionnés qui sont exclus. Il y a aussi les chômeurs qui touchent des allocations sur base de leurs études. Ces allocations sont maintenant limitées à trois ans et après, ils sont exclus. Au 1er janvier 2015, 16.368 chômeurs ont ainsi été exclus. Et ce n’est qu’un début. On voit que depuis 1980, les chômeurs sont de plus en plus surveillés, sanctionnés, exclus. Et à entendre les ministres de l’actuel gouvernement, les chômeurs risquent d’être encore plus les victimes de règles souvent absurdes. Car presque tous les chômeurs s’orientent, se forment et cherchent un emploi. Le problème, c’est que de l’emploi, il n’y en n’a pas pour tous, loin de là. En Belgique, il y a 1 offre d’emploi pour 10 demandeurs d’emploi. Dans certaines régions du pays, c’est 1 offre pour 30 ou 40 demandeurs… C’est peut-être à ce problème que le gouvernement devrait s’attaquer plutôt que de punir les chômeurs.

Les réformes du chômage détaillées dans la très bonne revue Ensemble du collectif Solidarité contre l’exclusion Cliquez ici

Un texte clair sur l’histoire de l’allocation de chômage en Belgique
Cliquez ici

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