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« Charleroi », un concept politique

Brève

lundi 18 juin 2007

Un concept, c’est une idée, c’est une construction de l’esprit qui permet d’organiser ses connaissances, ses perceptions, d’analyser la réalité. En politique, il y a parfois des concepts assez bizarres. En France, il y a le concept du « 21 avril 2002 ». Le 21 avril 2002 est le jour où Le Pen, le chef de l’extrême droite, a passé le 1er tour de l’élection à la présidence de la République. On en a parlé jusqu’au 22 avril 2007, jour du 1er tour de l’élection présidentielle suivante. « La peur du 21 avril 2002 », les effets du « 21 avril 2002 ».
En Belgique, on a l’impression d’avoir un nouveau concept politique. C’est le concept « Charleroi ». Ce concept permet sans doute de se représenter l’organisation politique, la vie politique, les combats politiques. Mais le concept « Charleroi » a aussi ses limites.

Lundi 11 juin, la direction du Parti socialiste a mis sous tutelle, pendant 2 ans, l’Union socialiste communale et la Fédération de Charleroi du PS. C’est la direction du PS qui décidera à la place des responsables socialistes de Charleroi. La direction du PS a aussi nommé 2 délégués spéciaux pour Charleroi : Jean-Luc Borremans, bourgmestre de… Fleurus, et de Paul Magnette, brillant politologue de l’Université Libre de Bruxelles, carolo et socialiste. Ces deux hommes feront le lien entre les socialistes de Charleroi et la direction du parti.

La direction du PS demande aussi à tous les échevins socialistes de Charleroi et au bourgmestre de démissionner. C’est fait depuis mardi 12 juin. Et pour remettre les choses à plat, l’échevin CDH, Jean-Claude Viseur, démissionne lui aussi. En Belgique, les villes et les organisations politiques locales ont toujours été très indépendantes du pouvoir central et de la direction générale des partis. C’est particulièrement vrai au PS. Et encore plus, dans les places fortes rouges comme Charleroi. Cette place forte socialiste avait résisté, tant bien que mal, aux affaires qui ont commencé à l’automne 2005, aux inculpations et aux arrestations de plusieurs échevins et de l’ancien bourgmestre Jacques Van Gompel. Cette place forte rouge, les libéraux du MR et son président, Didier Reynders, l’avaient violemment attaquée pendant la campagne électorale du 10 juin. Les 2 échevins libéraux, Olivier Chastel et Philippe Sonnet, l’avaient quittée quelques jours avant les élections. Et Olivier Chastel a déclaré, mardi 12 juin, qu’à moins d’être bourgmestre, il ne serait plus échevin de Charleroi. « Charleroi » n’est pas seulement devenu un concept politique pour analyser la vie et les combats politiques des partis. Avec la démission de tous les échevins, la Région wallonne a dû changer ses lois. Un décret du Code de la démocratie locale de la Région wallonne disait que le bourgmestre d’une ville doit être celui qui a eu le plus de voix sur la liste la plus forte. Pour ouvrir les candidatures à Charleroi, les parlementaires de la Région wallonne vont devoir changer le décret pour toute la Wallonie. Le concept politique « Charleroi » change une loi pour toute la Wallonie.
Jeudi 14 juin, le concept de Charleroi a touché Elio Di Rupo, président du PS et ministre-président de la Région wallonne. Après le recul électoral du 10 juin, Di Rupo avait, lundi, tranché sur les affaires à Charleroi. Jeudi, Elio Di Rupo a tranché pour lui-même. Dans le PS, certains lui reprochent de n’avoir pas tranché plus tôt pour Charleroi, de ne pas assez rénover le parti et d’avoir perdu les élections. Le PS n’a en effet plus que 20 députés au lieu de 25.

Di Rupo a donc fait ce que certains attendaient depuis longtemps. Il a annoncé qu’il remettait en jeu, en juillet, son poste de président du PS. Si les militants votent encore pour lui, il abandonnera la présidence du gouvernement wallon.

Charleroi est peut-être devenu un concept politique. Mais il doit être utilisé avec prudence par les femmes et les hommes politiques de tous bords. A trop l’utiliser, on peut scier la branche sur laquelle on est assis ou sur laquelle on sera assis un jour.

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