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Certains scientifiques observent la vie de tribus au fin fond de l’Afrique. Observons, nous, un petit groupe de militants qui va manifester contre l’austérité. De quoi parlent-ils ? Et qu’est-ce qui les fait encore "se bouger" malgré la crise et le recul du mouvement ouvrier ?

« C’est pas gagné mais y’a encore de l’espoir »

Thierry Verhoeven

jeudi 12 mars 2015

Ils se sont retrouvés onze, ce 11 mars à la gare de Charleroi pour aller manifester à Bruxelles contre les mesures du gouvernement. Neuf travailleurs d’un même centre de formation plus une stagiaire toute timide qui accompagne pourtant courageusement sa formatrice. Enfin un électromécanicien. La déléguée syndicale n’est pas contente : peu de travailleurs du centre de formation se sont mis en grève pour cette journée d’action. Les autres du groupe excusent leurs collègues peu mobilisés : « Les gens ont l’impression que le syndicat réagit trop tard. Après le succès des grèves et des manifestations de fin 2014, on attend presque 3 mois avant une nouvelle action. » Bon, les médias annoncent quand même qu’il y aura 10 000 personnes à Bruxelles.

Pour l’égalité

Quelques-uns du groupe râlent un peu : ils ont oublié d’aller, la veille, à une conférence sur Louise Michel. Louise Michel était une grande militante de la Commune de Paris, ce mouvement révolutionnaire qui, pendant 3 mois, a gouverné la ville de Paris en 1870. La Commune de Paris est considérée comme un des plus grands moments de l’histoire ouvrière. Louise Michel était aussi une institutrice et elle a inventé une pédagogie active : elle n’imposait pas le savoir aux enfants, elle les écoutait, elle les faisait participer et réagir. Une raison de plus pour que ces militants d’un centre de formation s’intéressent à Louise Michel.
Une jeune du groupe enchaîne : « J’ai assisté à une conférence sur les inégalités à l’école. C’est toujours terrible de voir que les enfants des milieux défavorisés sont le plus en échec. On a l’impression que rien n’a changé, que l’école n’est toujours faite que pour reproduire les inégalités sociales. »

Hier et aujourd’hui

Dans le train, deux membres du groupe ont fait les « grandes grèves » (comme ils disent) des années 80. Ils racontent leurs souvenirs de « vieux » militants. L’un a soudé les portes des grilles de son usine pour empêcher les ouvriers d’aller travailler les jours de grève. L’autre a parfois fait le coup de poing contre des membres de l’extrême droite lors de collage d’affiches communistes. Et puis, ils évoquent avec émotion la longue grève des mineurs anglais contre la fermeture de leurs mines. Malgré cela, Margaret Thatcher, première ministre anglaise de l’époque, n’a jamais cédé.
Et les conversations dans le groupe portent alors sur les réalités d’aujourd’hui : « Les gens osent moins qu’avant, il y a moins de grèves sauvages. Les gens ne se parlent plus, même les travailleurs d’une même entreprise ne discutent jamais ensemble. Et les jeunes, il n’y a rien pour les jeunes. Dans les années 70 et 80, il y avait des maisons de jeunes. Moi, ça m’a sauvé, dit l’un, j’ai appris d’autres choses, d’autres musiques par exemple. Aujourd’hui, il faudrait relancer des maisons de jeunes. »

Demain

Ils arrivent à Bruxelles, place de la Monnaie, c’est là que les dirigeants syndicaux prennent la parole. Nos militants interrompent parfois leurs conversations pour écouter les discours et sont en partie satisfaits. Ils disent : « On sent quand même une volonté d’unité entre travailleurs wallons et flamands, une volonté de garder une solidarité entre jeunes chômeurs, travailleurs et prépensionnés. » Mais ils savent que « c’est pas gagné ». Ils reprochent aux syndicats de céder parfois trop facilement aux patrons et au gouvernement.

« Bon, concluent-ils, y’a quand même de l’espoir. En Grèce, les choses bougent. Même chez nous, il y a de nouveaux groupements qui veulent changer la politique, qui en ont marre de la crise et le font savoir. » Et ils soulignent : « Les dirigeants syndicaux, dans leurs discours, ont parlé de ces groupements. C’est nouveau. D’habitude, les syndicats sont plutôt jaloux quand on intervient sur le même terrain qu’eux. Ouais, c’est pas gagné mais ouais, y’a encore de l’espoir. » C’est sans doute, ce mélange de réalisme et de volonté qui fait que ces camarades se mobilisent encore.

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