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Vendredi 11 octobre, un bateau parti d’un port de Lybie coule entre Malte et Lampedusa, une île proche de la Sicile en Italie, avec 300 et 400 réfugiés syriens et palestiniens à bord. Bilan provisoire : 30 morts. Une semaine plus tôt,le jeudi 3 octobre, à l’aube, un bateau coule près des côtes de Lampedusa. A son bord, 450 à 500 clandestins partis de Lybie. Bilan : 360 morts. Ces 20 dernières années, 20 000 migrants sont morts en essayant de traverser la Méditerranée.

Au pied de la forteresse Europe

Lydia Magnoni

dimanche 20 octobre 2013

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Le naufrage du 3 octobre est le pire drame de l’immigration des dernières années. Le bateau qui a coulé le 3 octobre près de Lampedusa était parti de Misrata, en Libye. A son bord, 450 à 500 migrants, la plupart fuyant l’Erythrée, un pays de la corne de l’Afrique.
Jeudi à l’aube, après un incendie à bord, ce bateau a coulé, non loin des côtes de Lampedusa. Les secouristes n’ont réussi à sauver que 155 personnes. Toute la journée, les sauveteurs ont ramené des corps sur la terre ferme. Des centaines de corps enveloppés dans des sacs mortuaires verts, ont d’abord été alignés sur le port de Lampedusa, puis transportés dans un hangar de l’aéroport de l’île. Lampedusa n’avait plus assez de cercueils et a dû en faire venir par avion. « Nous n’avons plus de place, ni pour les vivants, ni pour les morts », a déclaré, Giusi Nicolini, la maire de l’île.

Moins d’une semaine plus tard, un autre bateau parti lui aussi de Lybie avec à son bord des réfugiés qui fuyaient la Syrie ou la Palestine a coulé près de Malte. On parle ici de plus de 30 morts et le bilan est provisoire. L’horreur a repris une dimension « ordinaire ».
Plusieurs survivants du naufrage du 3 octobre ont affirmé qu’au moins trois bateaux de pêche étaient passés à proximité de leur navire en difficulté sans s’arrêter. Et plusieurs rescapés syriens du naufrage du 11 octobre ont raconté qu’on leur avait tiré dessus à leur départ des côtes libyennes.

Un drame italien et européen

Face à l’ampleur du drame de Lampedusa, le gouvernement italien a décrété un deuil national vendredi 4 octobre. C’était une première en Italie après la mort de migrants. Le pape François s’était rendu, en juillet dernier sur l’île de Lampedusa pour sa première visite hors de Rome. Il a parlé de « honte », en apprenant le drame. Il a affirmé : "aujourd’hui est une journée de pleurs". Il a dénoncé "l’indifférence à l’égard de ceux qui fuient l’esclavage, la faim pour trouver la liberté, et trouvent la mort comme hier à Lampedusa".
Le Président italien, Giorgio Napolitano, demande à l’Europe de « stopper le trafic criminel d’être humains, en coopération avec les pays d’origine » des migrants et réclame « la surveillance des côtes d’où partent ces voyages du désespoir et de la mort ». Le vice-Premier Ministre et ministre de l’Intérieur ministre de l'Intérieur responsable de la police, de la sécurité des personnes et des biens. italien Angelino Alfano souligne que les morts de Lampedusa sont les victimes d’un « drame européen et pas seulement italien ».

Lampedusa, porte de l’espace Schengen

Source Migreurop

L’île de Lampedusa ou Lampédouse est une petite île italienne, d’une superficie de 20,2 km². Elle compte moins de 6 000 habitants. Elle est située près de la Sicile, entre l’île de Malte et la Tunisie. Et ce n’est pas la première fois ni la dernière que Lampedusa assiste à des naufrages de clandestins. Il y a un an, la maire de Lampedusa avait adressé une lettre bouleversante aux Européens. Elle y écrivait notamment : « Je suis indignée par le sentiment d’habitude qui semble avoir envahi le monde, je suis scandalisée par le silence de l’Europe qui vient de recevoir le prix Nobel de la Paix, et qui est silencieuse face à une tragédie qui fait autant de victimes qu’une guerre. (…)Tout le monde doit savoir que c’est à Lampedusa et ses seuls habitants [...] que revient le devoir de traiter ces personnes avec dignité dignité le respect qu’on se doit à soi-même , et de rendre un peu de dignité à notre pays et à l’Europe entière. Si ces morts sont seulement les nôtres, alors je veux recevoir les télégrammes de condoléances après chaque noyé que l’on me « livre ». Comme s’il avait la peau blanche, comme s’il s’agissait d’un de nos enfants, noyé pendant les vacances. »
Depuis cette lettre, la situation a empiré. Depuis le début de cette année, 30 000 migrants et réfugiés sont arrivés sur les côtes italiennes. C’est que l’Italie est une des frontières de l’Europe de Schengen. C’est donc un des pays par où les migrants venus d’Afrique entrent en Europe.

Quelle politique européenne ?

Samedi 12 octobre, des dizaines de manifestants se sont allongés, dans des sacs en plastique noir sur le parvis du Trocadéro à Paris pour rendre hommage hommage geste de respect aux migrants morts en Méditerranée. Ils voulaient représenter les clandestins morts à Lampedusa et à Malte. Ils dénonçaient les politiques migratoires de l’Union européenne. "Lampedusa : quelle honte !" ou encore "Méditerranée : assez de morts ! Pour une politique européenne ! Liberté de circulation", pouvait-on lire sur leurs pancartes.
L’Europe a mis en place depuis les années 1990 une politique pour faire le tri entre les migrants. Cette politique maintient ces migrants dans la clandestinité. Ils ne sont pas "immigrés", puisque qu’ils ne sont pas arrivés, ni "réfugiés", puisqu’ils n’ont pas pu faire de demande d’asile. Ils deviennent des proies faciles pour les passeurs et ceux qui vivent de la traite d’êtres humains.
Au cours de ces années, l’Union européenne a dépensé des centaines de millions d’euros pour protéger ses frontières à travers l’agence Frontex, sa police. Sur ce point, les Etats membres ont trouvé un accord. Mais, ils n’ont pas trouvé de moyens pour aider les pays à appliquer les conventions sur les réfugiés, le devoir d’assistance en mer, les normes sur l’immigration. Chaque Etat est livré à lui-même.
Les pays d’Europe n’ont pas de projet commun pour ces dizaines de milliers d’exilés syriens, érythréens, somaliens, ni pour ces personnes qui vivent dans des camps en Libye ou Turquie. Les mafias sont pour ces exilés la seule voie de sortie.
Résultat de cette situation : 20 000 migrants sont morts en tenant d’entrer dans l’Union européenne au cours des 20 dernières années, selon l’Office des migrations internationales. "Mais qui nous dit qu’il n’y a pas 50 000, 100 000, 200 000 victimes de ces voyages clandestins de la mort ?" se demande Bernadette Hétier, coprésidente du MRAP, le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples.

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