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40 ans après !

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lundi 5 mai 2008

Aujourd’hui encore, il existe bien un héritage de mai 68. Mai 68 a changé la société et les rapports entre les gens : rapports de pouvoir dans l’école et dans l’entreprise, rapports sexuels et familiaux, ... 40 ans plus tard, le mouvement divise toujours. En mai 68, il y a eu des mouvements sociaux dans beaucoup de pays. Mais c’est surtout les événements en France et à Paris que l’on retient.


Photo : Belga

Les murs prennent la parole

Mai 68, c’était la grande période du slogan politique
Voici quelques uns de ceux qui ont le plus frappé les esprits.
Gardez-les, ça peut encore servir !

  • Soyez réalistes, demandez l’impossible
  • Sous les pavés, la plage
  • L’imagination au pouvoir
  • Défense de ne pas afficher
  • Il est interdit d’interdire
  • Cours camarade, le vieux monde est derrière toi
  • Consommez plus, vous vivrez moins
  • Vous finirez tous par crever du confort
  • Elections, piège à cons
  • Métro, boulot, dodo
  • La barricade ferme la rue mais ouvre la voie
  • Fais attention à tes oreilles, elles ont des murs
  • Jouissez sans entraves, vivez sans temps morts
  • Nous sommes tous des juifs allemands…

Dans les années 68-70, en Europe et un peu partout dans le monde, il y aura une grande vague d’émancipation. Après ces mouvements, plus rien ne sera comme avant. Mai 68 a changé les rapports avec le pouvoir, les rapports entre les hommes et les femmes, l’éducation des enfants…

Ce que l’on retient surtout, ce sont les événements de mai 68 en France. Les choses ont démarré le 22 mars, dans la tour administrative de la faculté des lettres de l’université de Nanterre. Une centaine d’étudiants anarchistes et trotskistes occupaient le bâtiment. Des militants des comités contre la guerre du Vietnam avaient été sanctionnés. Les étudiants protestaient contre ces sanctions. Le 28, le doyen de l’université décide de fermer la faculté.

Le premier mai, la gauche organise une très imposante manifestation dans les rues de Paris. A l’époque, le général de Gaulle au pouvoir avait une manière de gouverner d’une autre époque. Il gérait les affaires avec un paternalisme autoritaire. Le pouvoir était centralisé et rigide. Ce n’était plus au goût des Français, un peuple qui dans l’histoire s’était déjà plusieurs fois révolté. En 1968, le climat politique favorise la révolte. Tellement sûrs d’eux, les responsables du pouvoir n’ont rien vu venir.

L’étincelle

Le 2 mai au matin, le groupe d’extrême droite Occident met le feu à un local de la Sorbonne. Les étudiants du campus de Nanterre s’opposent à ce groupe d’extrême droite. Daniel Cohn-Bendit et d’autres meneurs du 22 mars à Nanterre sont convoqués devant une commission disciplinaire. Dans les facultés, les cours sont interrompus. Ce jour-là, le premier ministre George Pompidou et le Président de la République sont en voyage, l’un en Afghanistan, l’autre en Roumanie. Le 3 mai, les organisations d’extrême gauche tiennent un meeting dans la cour de la Sorbonne. Un commando du groupe Occident arrive. Cela met le feu aux poudres. La Sorbonne se transforme en une sorte de camp retranché. Le recteur demande à la police d’intervenir. Le préfet de police de Paris, Maurice Grimaud en donne l’ordre. La nervosité gagne de tous côtés. On embarque les étudiants. Les étudiants lancent les premiers pavés sur les policiers. Il y a des affrontements dans tout le quartier latin, le quartier des étudiants sur la rive gauche de la Seine à Paris. 83 policiers sont blessés et 574 étudiants sont arrêtés. Le 6 mai, les affrontements reprennent de plus belle. Les premières barricades apparaissent. Bilan de la nuit : 600 étudiants et 300 policiers sont blessés. A partir de là, le mouvement de contestation gagne la France entière. On défile un peu partout, jusqu’au pied du soldat inconnu, place de l’Etoile où l’on chante l’Internationale. Le 7 et le 8 mai, les violences redoublent. On compte plus de soixante barricades dans Paris. On incendie des voitures. Le 10 mai, on compte plus 1 000 blessés. Le syndicat des enseignants appelle à la grève générale. Le 13 mai, 800 000 personnes manifestent à l’appel des syndicats et des partis de gauche en soutien avec le mouvement étudiant. En quelques jours, la France est paralysée par les grèves. Près de 7 millions de personnes vont cesser le travail.

La politique de fermeté du gouvernement est un échec. Le gouvernement Pompidou cherche donc à négocier. Cela donnera les fameux accords de Grenelle. Les travailleurs obtiendront des augmentations de salaires et d’autres droits. Fin mai, de Gaulle propose un référendum sur l’amélioration de la démocratie pour calmer le jeu. Les manifestations redoublent. La gauche se rassemble à nouveau au stade Charléty le 28 mai. Là, François Mitterrand annonce sa probable candidature à l’Elysée. Le 29 mai, de Gaulle disparaît à Baden-Baden où il retrouve le général Massu. Il est tenté de démissionner. Le lendemain, les partisans de de Gaulle défilent en une énorme manifestation. De Gaulle rentre. Le mouvement s’essouffle. Aux élections de fin juin, la majorité gaulliste sortante triomphe. Ce sera la fin d’un rêve…

Nicolas Simon

Tous des vieux soixante-huitards attardés ?

Ceux qui aujourd’hui défendent des opinions proches de la pensée contestataire mai 68 se font parfois traiter de vieux soixante-huitards attardés. Mais qu’on le veuille ou non, tout le monde doit quelque chose à l’héritage de mai 68.
Ainsi, la libération sexuelle est une des avancées les plus marquantes de la contestation soixante-huitarde. C’est à partir de cette époque que l’on maîtrise mieux les naissances. C’est en 1969 que la loi Neuwirth rend la contraception légale. Il faudra quand même attendre 1975 et Simone Veil pour que l’avortement soit légalisé en France.
Dans le domaine de l’éducation, les choses ont aussi évolué. Le dialogue est entré dans les familles comme à l’école. On tient davantage compte de la parole de l’enfant. Et de celle des parents dans la vie scolaire.
Dans un autre domaine, c’est en 68 que l’on commence à remettre en cause une certaine façon de consommer. La voiture est notamment remise en cause. La crise pétrolière de 1973 va accentuer ce mouvement.
C’est aussi le début de la longue marche vers l’égalité entre hommes et femmes, dans le domaine des relations de travail, mais aussi dans la sphère privée. Dans les années qui suivent 68, le MLF sera créé.
Après 68, naîtront aussi des organisations humanitaires. Ainsi, Médecins sans frontière verra le jour après la catastrophe du Biafra.
Les ONG et le mouvement altermondialiste doivent donc eux aussi quelque chose à 68.

 

3 Messages

  • 6 mai 2008 15:53, par Jean-Marc

    Ces vieux soixante-huitards m’énervent ! Avec leurs grandes idées... Toujours en train de se souvenir de leur révolution ratée...
    A croire que leur vie s’est arrêtée il y a 40 ans.. ;
    Il y a autre chose dans la vie camarade... Il est temps de dire adieu à l’adolescence... La vie, c’est maintenant...

  • 7 mai 2008 10:12, par Marco

    Au moins, les gens qui ont fait mai 68 avaient une vision un peu moins matérialiste de l’existence. Et ils ont fait avancer pas mal de choses, dont tu profites, comme tout le monde, aujourd’hui...
    Les discours de mai 68 valent toujours mieux que les discours creux, sans cervelle que l’on entend aujourd’hui. Au secours, le bling bling est partout... Retour d’urgence à mai 68 !

  • 29 mai 2008 11:42, par Max

    Ouais, mai 68 c’était cool pour certains, dont toi... Mais voilà, mai 68, au niveau du "pouvoir" des étudiants, pas grand chose n’a changé : ok, il y a des délégués de classe, de conseil d’établissement, la vie lycéenne, le bureau des élèves, j’en passe... Mais est-ce les étudiants ou les élèves sont-ils vraiment entendus ? Non. Je me souviens avoir été délégué, les profs me demandaient mon avis sur tel et tel sujet. Or, leurs décisions ou leurs opinions étaient déjà prises avant, tout ce que j’ai pu dire n’a servi à rien, et beaucoup d’autres élèves et étudiants étaient, sont et seront, dans le même cas que moi.
    Au niveau des ouvriers, certes les délégations syndicales ont été créées, le temps de travail a diminué (et diminue encore, ce qui n’est pas une bonne chose) et les salaires ont un peu augmenté. A chaque fois qu’il y a un risque de licenciement, les syndicats, CGT en tête appellent à la grève sans écouter ou sans vouloir écouter le pourquoi de ces licenciements. Les entreprises se retrouvent bloquées.
    Pas grand chose n’a changé, et de toute façon, tu fais un bordel sans nom dans la rue comme mai 68, au lendemain, oui, c’est vrai que certaines choses changeront, mais quelques années après, les choses retrouvent progressivement leur ancien fonctionnement, malgré la conservation des créations réalisées au lendemain de mai 68.
    Je suis d’avis que l’on s’assoit autour d’une table et que l’on discute, mais que l’on discute intelligemment, et non pas que les syndicats proclame la grève directement et qu’ils n’écoutent que leur propre petite personne.
    Les choses ne changeront pas en sortant dans la rue, en arrêtant le travail, en cassant, ou pire encore...

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